Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 09:48

Alors que le marché carbone européen connait des difficultés, la Chine a lancé en juin dernier un “marché pilote” dans la ville de Shenzhen, au sud du pays. Six autres devraient bientôt suivre, avant la mise en place d'un marché national d'ici quelques années.

Alors que le prix de la tonne de CO2 a atteint des niveaux historiquement bas sur le marché européen , la Chine a lancé en juin son premier marché carbone dans la ville de Shenzhen (10 millions d’habitants). Ce “marché pilote” concerne pour l’instant 635 entreprises ayant émis 31,7 millions de tonnes de CO2 en 2010, soit 38 % des émissions totales de la ville. Neuf secteurs sont concernés, y compris la métallurgie, la pétrochimie, le textile et la production d'électricité. D'ici la fin de l'année - les dates n’ont pas été précisées -, quatre autres mégapoles (Pékin, Shanghai, Tianjin, Chongqing) et deux provinces (Guangdong et Hubei) devraient suivre. Ces marchés fonctionneront selon un modèle relativement similaire au système européen, sauf qu’ils couvriront en plus les émissions de CO2 indirectes liées à la consommation d’électricité. Par ailleurs, chacun des sept marchés pilotes aura ses propres spécificités : par exemple, seul celui de Shanghai inclura le secteur aérien. Le tout devrait couvrir entre 800 millions et un milliard de tonnes d’émissions. Dans une deuxième phase, ces sept projets devraient être inclus dans un marché national.

 

Les mécanismes de marché privilégiés pour réduire l’intensité énergétique
La mise en place de marchés carbone reflète l’orientation prise par le gouvernement chinois depuis le 11e plan quinquennal (2006-2010) et renforcé par le 12e (2011-2015) : un plus grand recours aux mécanismes de marché. Ceux-ci sont présentés comme un outil important pour atteindre l’objectif de réduction de 40 % à 45 % de l’intensité énergétique en 2020 par rapport au niveau de 2005.
Selon Wang Tao, expert sur les questions de climat et d’énergie au centre Carnegie de l’université Tsinghua (Pékin), “les sept marchés pilotes sont destinés à expérimenter des modèles légèrement différents de marchés carbone, mais aussi leur efficacité dans des zones dont les situations économiques sont très variées. L’enseignement qui en sera tiré sera très utile à la mise en place d’un marché national”.
Cependant, de nombreuses questions demeurent quant aux chances de succès de l’expérience. D’abord, “les marchés chinois ont été mis en place très rapidement. Il y a donc beaucoup d’aspects qui ne sont pas encore actés ou dont les modalités précises n’ont pas été publiées”, relève Anaïs Delbosc, de CDC Climat, filiale de la CDC qui a régulièrement reçu des délégations chinoises pour les accompagner dans la mise en place des marchés carbone. D’autre part, la chercheuse souligne le manque d’expérience de la Chine dans le maniement des mécanismes de marché. “Nous craignons que le dispositif ne soit pas bien compris. Les entreprises risquent de le considérer comme un système administratif de limitation plutôt que comme un système d’échange. Dans ce cas, il est probable que peu d’échanges de quotas aient lieu, ce qui limiterait l’efficacité du système”.
 
La question de la fiabilité des informations
Autre obstacle de taille, la comptabilisation des émissions. “La fiabilité des données est sujette à caution, en particulier celles qui proviennent des gouvernements locaux car ceux-ci n’ont pas la capacité de faire des relevés précis. La plupart du temps, on ne dispose que d’estimations grossières, rapelle Wang Tao. De plus, il est souvent difficile d’obtenir des données de la part des entreprises d’Etat car selon elles ce sont des informations “sensibles”. 
Pour autant, selon le chercheur, la Chine ne serait pas dépourvue d’avantages. Ainsi, les difficiles tractations qui ont finalement abouti début juillet à un gel des quotas de CO2 sur le marché européen n’auraient pas lieu d’être en Chine. “Notre avantage est d’avoir un Etat fort : il peut intervenir efficacement et rapidement pour réguler le marché”. Mais le système politique chinois présente aussi des faiblesses, et notamment une corruption généralisée qui pourrait nuire au bon fonctionnement du marché carbone...
 
Novethic, 26/08/13
Gaël Bernard à Pékin

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans ECOLOGIE
commenter cet article
29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 20:57
Cette histoire a commencé lorsque le déséquilibre commercial entre les États-Unis et la Chine a été pointé du doigt par les premiers, la seconde étant conduite à amasser d’énormes réserves de dollars et à financer la dette américaine. La sous-évaluation d’un yuan à parité quasiment fixe en était à l’origine, selon les autorités américaines qui n’ont depuis cessé de demander son réajustement.

Cette stratégie monétaire s’est poursuivie tout au long de ce qui a été appelé par le gouvernement brésilien « la guerre des monnaies », lorsque les largesses de la Fed destinées à relancer la machine ont alimenté une spéculation connue sous le nom de carry trade dans les pays émergents, favorisant la hausse de leur monnaie et perturbant leurs exportations. Les choses auraient pu se calmer, la récession et la faible croissance des principaux clients de la Chine ralentissant son activité exportatrice et l’accumulation de nouvelles réserves, la Fed lui succédant pour soutenir la dette américaine. Mais elles ont brutalement repris lorsque ces mêmes capitaux, après être venus faire leurs petites affaires dans les pays émergents, ont été rapatriés par des investisseurs craignant un arrêt progressif des achats obligataires de la Fed et de la distribution de nouvelles liquidités. Créant cette fois-ci une dépréciation de leurs monnaies depuis mai dernier, affectant à nouveau leur économie en renchérissant cette fois-ci le coût des importations et en accentuant l’inflation.

Le FMI s’est immédiatement déclaré prêt à intervenir pour prêter des liquidités à des systèmes financiers asséchés après avoir été inondés, mais les souvenirs qu’il a laissé sont autant de repoussoirs. Les mesures limitées de contrôle des capitaux qui ont été prises par certains, admises du bout des lèvres par le même FMI, n’ont pas joué leur rôle et l’on se demande même si les interventions des banques centrales pourront encore limiter les dégâts. À Jackson Hole, ce rendez-vous annuel des banquiers centraux, la question a été au centre des discussions, sans qu’aucune décision ne soit prise. Et pour cause : elle est du seul ressort de la Fed, qui a reculé après que le marché lui ait clairement signifié qu’il était opposé à la fermeture du robinet en faisant grimper les taux de la dette souveraine, un indicateur avec lequel on ne plaisante pas à Washington. Une fois encore, le statut du dollar – à la fois monnaie des États-Unis et monnaie de réserve – fait trembler le monde qui assiste résigné aux effets des mouvements incontrôlés des capitaux libellés dans cette devise. Les banquiers centraux présents à Jackson Hole – les principaux ayant préféré faire chaise vide – n’ont pu que faire la preuve de leur impuissance. Le FMI, dernier rempart, reconnaissant quant à lui par la voix de Christine Lagarde que « la fin des politiques monétaires accommodantes pourrait bien se traduire par une difficile course d’obstacles » pour les pays émergents.

La modeste modification des droits de vote au sein du conseil d’administration du FMI est toujours bloquée, rendant totalement illusoire l’amorce d’un progrès sur le chemin d’une réforme du système monétaire international. Une inertie de plus, alors que le 5éme anniversaire de l’effondrement de Lehman Brothers sera fêté le 15 septembre prochain, précédé par le G20 de Saint-Petersbourg des 5 et 6 du mois, où les pays du BRICS pourraient lancer un fonds d’intervention sur le marché des changes, sans grandes chances de succès a priori. La capacité du système financier à se réformer s’en ressent fortement, comme le constate Robin Harding, qui a couvert Jackson Hole pour le Financial Times et appelle significativement à la rescousse Keynes et sa proposition d’un « actif international de réserve » (sans nommer le bancor).

Au déséquilibre du commerce international causé par une globalisation réalisée sous les auspices du système financier succède, en s’y ajoutant, le déséquilibre de celui-ci, exporté par les États-Unis. Aucune volonté politique n’apparait, capable afin de juguler cette crise dans la crise, car cela impliquerait la fin de l’empire financier américain. Encore un cadre dont il n’est pas question de sortir.

28 août 2013 par François Leclerc. Blog de Paul Jorion
Repost 0
Published by chineenmouvement - dans ECONOMIE
commenter cet article
28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 21:54
Dans le développement original du capitalisme chinois, l’État et le Parti ont joué, avec pragmatisme et souplesse, un rôle essentiel que la théorie économique conventionnelle a du mal à saisir. Selon Marie-Claire Bergère, l’effondrement du système est bien moins probable que son maintien, à condition qu’il continue de se réformer.
 
Recensé : Marie-Claire Bergère, Chine, le nouveau capitalisme d’État, Paris, Fayard, 2013, 309 p., 20 €.
par Jean-François Huchet, le 10 juin La Vie des Idées

Le développement du capitalisme en Chine est assurément un des phénomènes les plus importants de ce début de XXIe siècle. Tenter de comprendre comment il s’est structuré, et essayer de prévoir comment il pourrait évoluer dans les décennies à venir, est donc un exercice essentiel pour la compréhension du monde qui nous entoure. C’est ce à quoi s’emploie avec brio le dernier livre de Marie-Claire Bergère sur l’économie chinoise.

La voie chinoise du capitalisme

Aveuglés par les théories néoclassiques, la grande majorité des écrits sur l’économie chinoise des années 1990 et du début des années 2000, lui traçait un chemin relativement conventionnel : privatisation de l’économie, renforcement des droits de propriété, et retrait de l’État sur ses fonctions essentielles (justice, éducation et politiques d’appui au développement technologique des firmes). Ces trois évolutions majeures de l’économie chinoise se déclinaient bien sûr dans les écrits dans une multitude de réformes et d’évolutions touchant le marché du travail, la finance, la gouvernance des entreprises, et de manière plus générale les rapports entre l’économique et le politique. Toutes ces évolutions étaient bien sûr rassurantes sur le plan intellectuel (et politique également, mais c’est une autre histoire). À l’instar de ce qui se passait dans les autres ex économies socialistes de l’ancien bloc soviétique, la Chine encore communiste qui s’était lancée dans des réformes en 1978, devait elle aussi tôt ou tard être régie par les axiomes de l’économie libérale. Comme pour le Japon dans les années 1970, ou la Corée du Sud dans les années 1980, la science économique (qui est décidemment incapable de faire son autocritique), se réveille une nouvelle fois avec la gueule de bois. Cette fois, c’est l’économie chinoise qui ne cadre pas avec la théorie.

Si l’on retrouve bien en Chine les inégalités sociales dénoncées par Marx durant les premières phases d’un décollage économique capitaliste, nous sommes par contre loin de retrouver dans la trajectoire de l’économie chinoise depuis 1978, ce que les économistes néoclassiques et leurs héritiers souhaiteraient voir dans un système économique. Rien n’a vraiment fonctionné de cette manière depuis le début des réformes en 1978, nous dit Marie-Claire Bergère ; et plus embarrassant encore, rien n’indique aujourd’hui que cela devrait fonctionner ainsi dans les années à venir.

L’État-Parti entrepreneur

Dans la première moitié de son livre, l’auteur nous explique comment s’est structuré en un peu plus de trois décennies ce capitalisme d’État régit par un régime autoritaire post léniniste. L’État est loin de s’être retiré dans les fonctions dites « essentielles » décrites par la théorie néoclassique. On a bien assisté à un retrait de l’État par rapport au système de la planification soviétique dans lequel tout était régit par l’administration. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’État s’est retranché dans un rôle libéral et non interventionniste, bien au contraire. L’État a conservé des moyens d’action par l’intermédiaire d’un secteur public dans des domaines clefs de l’économie. La finance par exemple, qui lui a permis d’orienter en partie l’épargne du pays vers des secteurs clefs comme les infrastructures, l’énergie, les transports, et les télécommunications. Ce secteur public est loin d’avoir fonctionné de manière toujours efficace. Mais il a été restructuré, et les entreprises publiques qui n’ont plus rien à voir avec les mastodontes socialistes de la période maoïste, ont joué un rôle important dans le développement de l’économie nationale. Sur ce sujet important, Marie-Claire Bergère nous indique qu’il faut aller bien au delà des statistiques officielles sur les frontières de l’État, trop souvent retenues dans les études économiques des grandes organisations internationales : « tout ce qui n’est pas majoritairement public, n’est pas forcément privé » (p. 79). Il convient selon elle d’adopter une analyse plus fine, méso et microéconomique pour vraiment analyser la frontière et l’importance du secteur public en Chine. Ce biais statistique a faussé, et continue de fausser, bon nombre d’analyses sur le fonctionnement du système économique chinois. L’autre élément intéressant développé par l’auteur, et qui est trop souvent absent des analyses économiques, concerne les dirigeants des entreprises publiques. Devenus de véritables professionnels des affaires, l’évolution de leurs compétences a suivi la restructuration des entreprises publiques. Alors qu’ils étaient avant tout des bureaucrates jusqu’au milieu des années 1990, ils sont aujourd’hui des capitaines de grands groupes industriels ou bancaires, parfois même confrontés à la concurrence internationale. Ils peuvent également à certains moments basculer dans une carrière politique au sein de l’État et du Parti. De fait, rien ne les distinguerait vraiment de nos énarques, si ce n’était qu’ils sont « gérés » d’une main de fer par le puissant Département du personnel du Parti communiste chinois (PCC) dont ils sont membres. C’est une des caractéristiques fondamentales de l’État-Parti entrepreneur qui façonne le système économique chinois, et qui explique également en partie l’efficacité des actions de l’État chinois dans le domaine économique.

Privé et public : une frontière poreuse

Marie-Claire Bergère décortique également avec beaucoup de finesse le développement et le fonctionnement actuel du secteur privé. Elle avait déjà eu l’occasion de le faire dans des ouvrages précédents (Capitalismes et Capitalistes en Chine, Perrin, 2007, ou Le mandarin et le Compradore, Hachette Livre, 1998), mais ici elle affine son analyse par rapport au fonctionnement global de l’économie chinoise. Sans remettre en cause en aucune manière la progression du secteur privé, elle tempère néanmoins la portée de son développement tant sur le plan économique que politique. Elle revient non seulement sur les rapports d’allégeance entretenus par les entrepreneurs privés avec la bureaucratie chinoise, mais aussi sur les discriminations vécues par les entreprises privées dans l’accès au crédit ou dans la progression de leurs activités dans des secteurs « réservés » aux firmes publiques. Pas dupe sur le système privé qui est assujetti plus que dans nulle autre nation au pouvoir du politique, Marie-Claire Bergère insiste sur le fait que « le Parti-État lui-même semble attacher moins d’importance aujourd’hui à la nature de la propriété, et établir des distinctions moins tranchées entre entrepreneurs des secteurs public et non public. Il mène à leur égard une politique d’ensemble qui vise à les contrôler sans porter atteinte à leur contribution économique » (p. 107). La progression du secteur privé depuis le milieu des années 1990, n’est donc pas synonyme selon elle, de l’émergence d’un capitalisme de type anglo-saxon ou rhénan.

Un modèle autoritaire difficilement exportable

Le puzzle ne serait pas complet selon Marie-Claire Bergère si l’on omettait de mentionner la clef de voute du système pour reprendre son expression, à savoir le PCC et le régime autoritaire. Les analyses économiques, à l’image du dernier rapport de la Banque Mondiale, China 2030, évacuent totalement l’élément le plus important du système de commande du capitalisme chinois à savoir le PCC. Même si celui-ci a largement évolué depuis 1978, il reste l’acteur principal du système. Présent dans tous les types d’entreprises, aucune décision économique importante ne se prend contre sa volonté. Il peut faire usage de souplesse et recourir à la négociation, mais le monopole du pouvoir et l’usage de la répression font qu’il a le dernier mot en cas d’arbitrage.

C’est aussi pour Marie-Claire Bergère une des raisons essentielles pour lesquelles ce capitalisme d’État organisé par un régime politique autoritaire paraît difficilement transposable à d’autres pays en voie de développement. Malgré la fascination qu’il peut dégager pour certains pays en quête d’un développement rapide, les caractéristiques politiques du système sont tellement fortes et propres à l’itinéraire historique de la Chine, qu’il paraît difficilement exportable à l’étranger. L’auteur relève d’ailleurs que les économistes et hommes politiques chinois se gardent bien, et ce malgré la perte de crédibilité du « Consensus de Washington » depuis la crise de 2008, de promouvoir un « Consensus de Pékin ». Au delà des caractéristiques chinoises, ils ont conscience que les réformes menées depuis 1978 sont loin d’avoir conduit à un système stabilisé et capable de répondre aux défis qui attendent l’économie chinoise d’ici 2050.

Dans sa conclusion, Marie-Claire Bergère se livre à un exercice de prospective sur l’évolution de ce système. L’effondrement ou une crise grave liée à son mode de croissance (trop fondé sur l’investissement) lui paraissent peu probables. Les dirigeants disposent de marges de manœuvre importantes sur le plan financier et des poches de croissance existent encore pour plusieurs décennies avec l’urbanisation et la consommation. Par ailleurs, les dirigeants communistes ont selon l’auteur intégré la nécessité de continuer à réformer le système économique en fonction des problèmes qui surgissent. Croissance, certainement à un rythme moins élevé que par le passé, et poursuite de l’élévation du niveau de vie général même avec la persistance d’inégalités, devraient leur permettre selon Marie-Claire Bergère d’éviter une révolution sociale et politique qui balaierait le régime communiste. Celui-ci devrait par ailleurs continuer de faire preuve de pragmatisme et de souplesse, tout en continuant d’utiliser la répression en cas de besoin ultime pour préserver la survie du Parti. À défaut donc d’être stabilisé et exportable, ce système politico-économique devrait continuer en se réformant progressivement à perdurer à moyen terme selon Marie-Claire Bergère.

On peut regretter que l’auteur n’ait pas un peu plus détaillé ce scénario. Même s’il repose sur de solides arguments, plusieurs facteurs sont susceptibles de l’influencer, voire de le modifier. Les conséquences multiples et profondes de l’évolution démographique ou la capacité de l’économie chinoise à monter en gamme sur le plan technologique, sont entre autres des facteurs que l’auteur n’analyse pas beaucoup dans son ouvrage. Mais celui qui nous apparaît le plus important et le plus proche des thèmes abordés dans le livre demeure à nos yeux le facteur politique sur lequel on aurait aimé que l’auteur s’attarde un peu plus. Un certain nombre de réformes considérées comme nécessaires pour l’avenir du pays comportent de très fortes implications politiques pour le Parti. Or, il n’est pas encore sûr qu’un large consensus politique au sein du Parti ait émergé aujourd’hui pour réaliser ces réformes. Prenons l’exemple de la place du secteur public industriel dans l’économie nationale, sur lequel il existe un large consensus en faveur de réformes en profondeur. La dérégulation des monopoles publics, voire la privatisation de certains groupes industriels, constituent des sujets hautement sensibles pour le Parti. Celui-ci a réussi sous l’influence de Deng Xiaoping à avaler avec la reprise des réformes en 1992 le démantèlement de la planification. Mais ce grand pas dans le vide pour un régime communiste a été accepté sous la condition du maintien du contrôle du Parti sur les grandes entreprises du pays. Démanteler et réformer progressivement le secteur public, même à l’image de ce qui existe dans des pays développés qui ont une longue histoire avec les entreprises publiques (France, Singapour, Italie), n’est pas une mince affaire pour le PCC car c’est un des socles de son régime qu’il conviendrait de réformer. De la même manière, la déréglementation du secteur de la finance, y compris la convertibilité du yuan, sont aussi des réformes qui conduiraient le PCC à renoncer à son monopole sur le contrôle et l’orientation des ressources financières du pays. Citons un dernier exemple : les finances publiques locales. Dans ce domaine également, un très large consensus existe sur la nécessité d’une réforme de grande ampleur. Celle-ci viserait à donner les moyens légaux aux collectivités locales de couvrir leurs attributions importantes (infrastructures, éducation, protection sociale) en matière de dépenses publiques, objectif auquel elles sont très loin de parvenir à l’heure actuelle. Cette réforme nécessiterait la mise en place d’une dose de fédéralisme. Or ce sujet demeure hautement sensible sur le plan politique pour le PCC. Derrière ces exemples, se profile la question de l’acceptation politique par le PCC de réformes qui à terme vont transformer et amoindrir son pouvoir de contrôle des agents dans le système économique. À chaque grande étape des réformes, le PCC doit d’abord accepter de changer son propre rôle dans l’économie et la société chinoise. Comme dans le passé, et notamment en 1992 lorsque Deng Xiaoping a dû mettre tout son poids politique pour sceller un cadre politique favorable aux réformes, l’émergence d’un consensus politique sera déterminant pour l‘étendue et le rythme de cette nouvelle vague de réformes importantes pour l’avenir du pays.

Même si ce n’était pas l’objectif de l’auteur, l’ouvrage aurait pu également gagner en force si Marie-Claire Bergère avait recouru à un peu plus de comparaisons historiques et internationales pour analyser l’émergence et le futur du capitalisme chinois. Car au delà du système politique communiste post léniniste qui constitue un élément singulier, le développement du capitalisme chinois de ces trente-cinq dernières années s’est construit sur une combinaisons de politiques qui ne sont pas totalement uniques dans l’histoire du capitalisme. On retrouve en effet beaucoup de traits communs avec d’autres expériences nationales de décollages capitalistes dans le cadre de systèmes politiques autoritaires : l’usage du mercantilisme, l’importance du secteur d’État, des relations de dépendance et de hiérarchie des entrepreneurs privés à l’égard du pouvoir politique, des révolutions foncières dans les zones rurales préalables au décollage industriel, une répression des mouvements salariaux couplée à un partage de la richesse au profit des entreprises afin de financer les investissements, le contrôle de l’État sur les ressources financières du pays, des investissements massifs dans les infrastructures, l’éducation et l’importation de technologies étrangères, des politiques industrielles ciblées de rattrapage technologique et de développement de grands groupes industriels. Faire apparaître des singularités dans l’importance et la combinaison de ces politiques au regard d’autres expériences nationales, nous aurait permis de mieux cerner l’originalité de la trajectoire chinoise depuis 1978, ainsi que les grands écueils à venir pour le système actuel.

Au total, au delà de ces quelques bémols, qui sont plus des regrets que des critiques, le livre de Marie-Claire Bergère trace la voie de ce que devrait être la méthode requise pour analyser le développement et le fonctionnement de l’économie chinoise. C’est bien une analyse multidisciplinaire, au croisement de l’économie, de la science politique, de l’histoire et de la sociologie, à laquelle il faut recourir pour comprendre le développement et le fonctionnement de l’économie chinoise. Exercice exigeant, que Marie-Claire Bergère avec sa longue expérience d’observation du développement économique et politique de la Chine, a parfaitement réussi dans cet ouvrage.

 

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans POLITIQUE
commenter cet article
27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 15:10

C'est une avancée à marquer d'une pierre blanche, dans la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale internationales. La Chine devait signer, mardi 27 août, à Paris, au siège de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la fameuse "Convention fiscale multilatérale" mise au point par l'organisation internationale.

 

Derrière ce terme abscons se cache un engagement à coopérer sans réserve, en cas de demande d'entraide de la part d'un autre Etat, sur les avoirs de ses ressortissants dans le pays. Plus de cinquante pays développés et en développement ont déjà signé la convention de l'OCDE – près de soixante-dix si l'on compte les engagements de principe –, dessinant un nouveau cadre de coopération internationale contre la dissimulation d'avoirs à l'étranger.

Avec la Chine, l'OCDE – dont la mission est de soutenir le développement mondial – peut désormais se targuer d'avoir rallié au mouvement tous les pays membres du G20 (les 20 plus grandes puissances économiques mondiales) sans exception.

A quelques jours du sommet du G20, prévu les 5 et 6 septembre à Saint-Pétersbourg, sous présidence russe, l'adhésion des Chinois à cette coopération fiscale renforcée est donc particulièrement bienvenue. Elle pourrait créer un effet d'entraînement et contraindre les derniers pays réfractaires à rejoindre le mouvement, alors que la lutte contre la fraude et les paradis fiscaux a été reléguée au second plan, ces dernières semaines, par l'actualité internationale et le durcissement des crises syrienne et égyptienne.

"DYNAMIQUE DE SOUTIEN"

Le camp des réfractaires se réduit, certes, comme peau de chagrin. Mais il compte encore des pays aussi emblématiques que la Suisse ou des places financières plus "exotiques" mais importantes en termes de flux financiers tels Panama, en Amérique centrale, ou l'île Maurice et les Seychelles, dans l'Océan indien.

"Ce qui se passe là est important, c'est le "leading by exemple" , la Chine s'engage dans une dynamique de soutien au mouvement amorcé par le G20. Cela va favoriser la poussée vers l'échange automatique de données entre pays", estime Pascal Saint-Amans, le directeur du Centre de politique et d'administration fiscales de l'OCDE. De fait, la fameuse convention fiscale appelée à se mettre en place dans les pays du G20 comporte, en option, la possibilité de passer, un jour du mode actuel d'échange d'informations à la demande (en cas de demande d'un Etat) au mode d'échange automatique de données sur les contribuables du monde entier...

Un progrès considérable pour les spécialistes de la lutte contre la fraude fiscale internationale, qui permettrait à tout pays d'être tenu informé des avoirs détenus par ses ressortissants à l'étranger (ouvertures de comptes, transferts d'argent, création d'une société offshore, etc.). L'échange à la demande aujourd'hui en vigueur, qui n'est activé qu'en cas d'enquête de l'administration ou de la justice d'un pays donné, connaît des résultats lents et contrastés.

Lors du G8 des 17 et 18 juin à Lough Erne, en Irlande du Nord, les dirigeants des huit pays parmi les plus puissants de la planète (Etats-Unis, Russie, Canada, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, France) s'étaient accordés sur la nécessité d'imposer assez rapidement ce mode d'échange automatique sur tous les contribuables. Et ce, jusque dans les paradis fiscaux et les Etats à secret bancaire de tradition qui abritent l'essentiel de l'évasion fiscale internationale. Les chefs d'Etat et de gouvernement du G20 devraient confirmer cette ambition début septembre à Saint-Pétersbourg.

Anne Michel Le Monde | 27.08.2013

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans ECONOMIE
commenter cet article
27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 09:10
Le procès en première instance de Bo Xilai, accusé de corruption, de détournement de fonds et d'abus de pouvoir, s'est déroulé de manière ouverte, transparente et légale, les audiences s'étant uniquement concentrées sur les faits, les preuves et la loi. Le procès qui s'est tenu du 22 au 26 août au Tribunal populaire intermédiaire de Jinan, capitale de la province du Shandong (est), a montré une nouvelle fois la position claire et la détermination de la Chine à lutter contre la corruption dans le respect de la primauté du droit, selon un éditorial publié mardi par le Quotidien du Peuple, journal phare du Comité central du Parti communiste chinois (PCC). Selon le commentaire, le traitement de l'affaire Bo Xilai, depuis son exclusion du PCC, son limogeage, son transfert aux autorités judiciaires jusqu'à la tenue de son procès de manière ouverte et transparente, a été conforme au principe de la primauté du droit. Le tribunal de Jinan a autorisé les journalistes et des représentants de différents milieux sociaux à assister au procès. Il a même ouvert un compte officiel de microblog pour retransmettre par écrit les audiences du procès en temps réel. Le tribunal a également garanti les droits légitimes de l'accusé et durant les cinq jours d'audience Bo Xilai et les avocats de la défense ont pleinement exercé leurs droits procéduraux, tels que présenter des preuves, remettre en cause la validité des preuves soumises par l'accusation et défendre leurs positions. En outre, lors d'une audience préliminaire tenue le 14 août, le tribunal a entendu les points de vue de l'accusation et de la défense concernant la juridiction de l'affaire, l'annulation, le procès, la présence de témoins et l'exclusion des preuves illégales. Lors de l'examen de l'acte d'accusation, le tribunal a étudié une grande quantité d'éléments de preuve en observant strictement la procédure légale, ce qui prouve que le système judiciaire est basé sur le respect de la loi et des principes de justice procédurale et de justice fondamentale. Combattre sans relâche la corruption est une constante exigence du PCC. La discipline du Parti et la loi peuvent sanctionner les fonctionnaires corrompus. L'essence de la corruption étant l'abus de pouvoir, la clé de la lutte anti-corruption est donc de limiter et de superviser le pouvoir par le biais de mécanismes, et de combattre la corruption dans un cadre légal, selon l'éditorial. "Ce n'est qu'en combattant la corruption par des moyens juridiques que le peuple ressentira l'équité et la justice dans chaque affaire judiciaire", affirme le commentaire, notant que cela est le seul moyen de fondamentalement contenir la mentalité du "privilège spécial".
 
© Chine Nouvelle (Xinhua) - Dai Ying, le 27/08/2013
 
Repost 0
Published by chineenmouvement - dans POLITIQUE
commenter cet article
24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 08:46

Plus de 800 millions de personnes, soit 99% de la population rurale de la Chine, ont accès au nouveau type d'assurance-maladie coopérative, selon les données publiées vendredi par les autorités sanitaires nationales.

Ma Xiaowei, directeur adjoint de la Commission nationale de la santé et de la planification familiale, a annoncé que 49% des fonds pour le nouveau système rural de soins étaient utilisés et avaient permis de couvrir 860 millions de consultations dans les régions rurales, en hausse de 16,2% par rapport à l'année précédente.

M. Ma a réitéré que la Commission s'efforcerait d'améliorer le nouveau système de santé mutualisé des zones rurales, notamment en augmentant le remboursement des frais d'hospitalisation et en diminuant les paiements des habitants ruraux.

M. Ma a également exhorté l'ensemble des institutions sanitaires à redoubler d'efforts pour renforcer la supervision du système et résoudre les problèmes existants

© Chine Nouvelle (Xinhua) - , le 23/08/2013

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans SOCIAL
commenter cet article
23 août 2013 5 23 /08 /août /2013 08:57

Chou-King

  • Celui qui plante la vertu ne doit pas oublier de l'arroser souvent.

Doctrine ; le Lun-Yu

  • L'homme supérieur c'est celui qui d'abord met ses paroles en pratique, et ensuite parle conformément à ses actions.

Entretiens

  • Appliquez-vous à garder en toute chose le juste milieu.
  • C'est seulement quand l'hiver est arrivé qu'on s'aperçoit que le pin et le cyprès perdent leurs feuilles après tous les autres arbres.
  • Ce n'est pas un malheur d'être méconnu des hommes, mais c'est un malheur de les méconnaître.
  • Dépasser les limites n'est pas un moindre défaut que de rester en deçà.
  • Entendre ou lire sans réfléchir est une occupation vaine ; réfléchir sans livre ni maître est dangereux.
  • Il faut se garder de trois fautes : parler sans y être invité, ce qui est impertinence ; ne pas parler quand on y est invité, ce qui est de la dissimulation ; parler sans observer les réactions de l'autre, ce qui est de l'aveuglement.
  • Je n'ai pas encore vu un homme qui aimât la vertu autant qu'on aime une belle apparence.
  • Je ne puis apprendre à parler à qui ne s'efforce pas de parler.
  • Je ne veux ni ne rejette rien absolument, mais je consulte toujours les circonstances.
  • L'homme sage n'est pas comme un vase ou un instrument qui n'a qu'un usage ; il est apte à tout.
  • L'ouvrier qui veut bien faire son travail doit commencer par aiguiser ses instruments.
  • Ne vous souciez pas de n'être pas remarqué ; cherchez plutôt à faire quelque chose de remarquable.
  • Quand on peut accomplir sa promesse sans manquer à la justice, il faut tenir sa parole.
  • On peut connaître la vertu d'un homme en observant ses défauts.
  • Quand on ne sait pas ce qu'est la vie, comment pourrait-on savoir ce qu'est la mort ?
  • Quand vous rencontrez un homme vertueux, cherchez à l'égaler. Quand vous rencontrez un homme dénué de vertu, examinez vos propres manquements.
  • Qui ne se préoccupe pas de l'avenir lointain, se condamne aux soucis immédiats.
  • Sans principes communs, ce n'est pas la peine de discuter.
  • Trois sortes d'amis sont utiles, trois sortes d'amis sont néfastes. Les utiles : un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes : un ami faux, un ami mou, un ami bavard.
  • Vous ne savez pas comment servir les hommes. Comment sauriez-vous servir les dieux ?

Entretiens du maître avec ses disciples

  • Ce qu'on sait, savoir qu'on le sait ; ce qu'on ne sait pas, savoir qu'on ne le sait pas : c'est savoir véritablement.
  • Celui qui est sévère envers lui-même et indulgent envers les autres évite les mécontentements.
  • Celui qui ne craint pas de promettre de grandes choses a de la peine à les exécuter.
  • Ceux dont la connaissance est innée sont des hommes tout à fait supérieurs. Puis viennent ceux qui acquièrent cette connaissance par l'étude. Enfin, ceux qui, même dans la détresse, n'étudient pas : c'est le peuple.
  • Il est parfois des moissons qui n'arrivent pas à fleurir ; il en est aussi qui, après avoir fleuri, n'ont pas de grain.
  • Il est plus difficile de se défendre de l'amertume dans la pauvreté que de l'orgueil dans l'opulence.
  • Il est rare de trouver un homme qui se livre trois ans à l'étude, sans avoir en vue un salaire.
  • L'homme honorable commence par appliquer ce qu'il veut enseigner ; ensuite il enseigne.
  • La prodigalité conduit à l'arrogance, et la parcimonie à l'avarice. L'arrogance est pire que l'avarice.
  • La Vertu ne va jamais seule ; elle attire toujours des imitateurs.
  • Le sage est calme et serein. L'homme de peu est toujours accablé de soucis.
  • Ne vous affligez pas de ce que les hommes ne vous connaissent pas ; affligez-vous de ne pas connaître les hommes.
  • On s'égare rarement en s'imposant soi-même des règles sévères.
  • Quand la haine ou la faveur de la multitude s'attache à un homme, il faut examiner pourquoi.
  • Quand vous voyez un homme sage, pensez à l'égaler en vertu. Quand vous voyez un homme dépourvu de sagesse, examinez-vous vous même.
  • Rien ne sert de parler des choses qui sont déjà accomplies, ni de faire des remontrances sur celles qui sont déjà très avancées, ni de blâmer ce qui est passé.

Entretiens philosophiques

  • Hélas ! Je n'ai encore vu personne qui aimât la vertu comme on aime la beauté corporelle.

Livre des sentences

  • L'homme supérieur ne demande rien qu'à lui-même ; l'homme vulgaire et sans mérite demande tout aux autres.
  • Sous un bon gouvernement, la pauvreté est une honte ; sous un mauvais gouvernement, la richesse est aussi une honte.

 

 

Attribuées

  • Agis avec gentillesse, mais n'attends pas de la reconnaissance.
  • Agissez envers les autres comme vous aimeriez qu'ils agissent envers vous.
  • Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux.
  • Avoir assez d'empire sur soi-même pour juger des autres par comparaison avec nous, et agir envers eux, comme nous voudrions que l'on agît envers nous-mêmes, c'est ce qu'on peut appeler la doctrine de l'humanité ; il n'y a rien au-delà.
  • C'est un tort égal de pécher par excès ou par défaut.
  • Celui qui aime à apprendre est bien près du savoir.
  • Celui qui déplace la montagne, c'est celui qui commence à enlever les petites pierres.
  • Celui qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour.
  • Choisissez un travail que vous aimez et vous n'aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.
  • Est vraiment sage celui qui, sans présumer d'avance qu'on cherche à le tromper ou qu'on se méfie de lui, est capable de déjouer au moment voulu les ruses.
  • Étudier tout en répétant, n'est-ce pas source de plaisir ?
  • Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette.
  • Exige beaucoup de toi-même et attends peu des autres. Ainsi beaucoup d'ennuis te seront épargnés.
  • J'entends et j'oublie,
    Je vois et je me souviens,
    Je fais et je comprends.
  • Je n'ai pas encore vu un homme qui ait pu apercevoir ses défauts et qui s'en soit blâmé intérieurement.
  • Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions.
  • Je ne peux rien pour qui ne se pose pas de questions.
  • L'archer a un point commun avec l'homme de bien : quand sa flèche n'atteint pas le centre de la cible, il en cherche la cause en lui-même.
  • L'erreur est égale, que l'on dépasse les bornes ou que l'on reste en deçà.
  • L'expérience est une bougie qui n'éclaire que celui qui la porte.
    Variante : L'expérience est une lanterne attachée dans notre dos, qui n'éclaire que le chemin parcouru.
  • L'homme de bien est droit et juste, mais non raide et inflexible ; il sait se plier mais pas se courber.
  • L'homme de bien ne demande rien qu'à lui-même ; l'homme de peu demande tout aux autres.
  • L'homme de bien se révèle dans les grandes occasions ; l'homme de peu ne s'accomplira jamais que dans les petites tâches.
  • L'homme de bien situe la justice au-dessus de tout. Un homme de bien qui a la bravoure mais qui ignore la justice sera un rebelle. L'homme médiocre qui a la bravoure mais qui ignore la justice sera un brigand.
  • L'invariabilité dans le milieu est ce qui constitue la vertu.
  • La nature fait les hommes semblables, la vie les rend différents.
  • La conscience est la lumière de l'intelligence pour distinguer le bien du mal.
  • La vie de l'homme dépend de sa volonté ; sans volonté, elle serait abandonnée au hasard.
  • La voie du juste milieu n'est pas suivie. Les hommes intelligents vont au-delà, les ignorants restent en deçà. Les sages veulent trop faire, et l'homme de peu pas assez. C'est ainsi que tout homme boit et mange, et peu savent juger des saveurs.
  • La vraie faute est celle qu'on ne corrige pas.
  • Le commerce du sage est sans valeur et il perfectionne ; le commerce de l'homme de peu est agréable, et il corrompt.
  • Le père qui n'enseigne pas ses devoirs à son fils est autant coupable que ce dernier s'il les néglige.
  • Le prince ne doit pas craindre de n'avoir pas une population nombreuse, mais de ne pas avoir une juste répartition des biens.
  • Le problème des hommes, c'est qu'ils négligent leur propre champ pour aller ensemenser celui des autres.
  • Le sage a honte de ses défauts, mais n'a pas honte de s'en corriger.
  • Le sage ne s'afflige pas de ce que les hommes ne le connaissent pas ; il s'afflige de ne pas connaître les hommes.
  • Le silence est un ami qui ne trahit jamais.
  • Le tout est plus grand que la somme des parties.
  • Les fautes des hommes sont relatives à l'état de chacun.
  • Lorsque l'on se cogne la tête contre un pot et que cela sonne creux, ça n'est pas forcément le pot qui est vide.
  • Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté.
  • Lorsque vous travaillez pour les autres, faites-le avec autant d'ardeur que si c'était pour vous-même.
  • Mieux vaut étudier que jeûner tout un jour et veiller toute une nuit pour méditer en vain.
  • Ne choisis tes amis que parmi tes égaux.
  • Ne parlez jamais de vous, ni en bien, car on ne vous croirait pas, ni en mal car on ne vous croirait que trop.
  • Négligez et vous perdrez. Cherchez et vous trouverez. Mais chercher ne conduit à trouver que si nous cherchons ce qui est en nous.
  • Notre plus grande gloire n'est point de tomber, mais de savoir nous relever chaque fois que nous tombons.
  • Nulle pierre ne peut être polie sans friction, nul homme ne peut parfaire son expérience sans épreuve.
  • On doit aimer son prochain comme soi-même ; ne pas lui faire ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fît.
  • On ne doit jamais penser à la distance, quelle qu'elle soit, qui nous sépare de la vertu.
  • Oublie les injures, n'oublie jamais les bienfaits.
  • Pas trop d'isolement ; pas trop de relations ; le juste milieu, voilà la sagesse.
  • Plutôt que de maudire les ténèbres, allumons une chandelle, si petite soit-elle.
  • Pour un mot, un homme est réputé sage ; pour un mot, un homme est jugé sot.
  • Quand on désire savoir, on interroge. Quand on veut être capable, on étudie. Revoyez sans arrêt ce que vous savez déjà. Etudiez sans cesse du nouveau. Alors vous deviendrez un Maître.
  • Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson.
  • Quand vous plantez une graine une fois, vous obtenez une seule et unique récolte. Quand vous instruisez les gens, vous en obtenez cent.
  • Que l'on s'efforce d'être pleinement humain et il n'y aura plus de place pour le mal.
  • Qui comprend le nouveau en réchauffant l'ancien peut devenir un maître.
  • Qui ne connaît la valeur des mots ne saurait connaître les hommes.
  • Quiconque a entendu les cris d'un animal qu'on tue ne peut plus jamais manger de sa chair.
  • Rappelle-toi que ton fils n'est pas ton fils, mais le fils de son temps.
  • Rendez le bien pour le bien et la justice pour le mal.
  • Rien n'est jamais sans conséquence,
    En conséquence, rien n'est jamais gratuit.
  • Se peut-il qu'un homme soit moins sage qu'un oiseau ?
  • Se regarder scrupuleusement soi-même, ne regarder que discrètement les autres.
  • Tuer un homme pour sauver le monde, ce n'est pas agir pour le bien du monde. S'immoler soi-même pour le bien du monde, voilà qui est bien agir.
  • Un mot perd l'affaire, un homme détermine le sort d'un empire.
  • Une injustice n'est rien, si on parvient à l'oublier.
  • Une image vaut mille mots.
  • Une petite impatience ruine un grand projet.
  • Veux-tu apprendre à bien vivre, apprends auparavant à bien mourir.

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans CULTURE ET CIVILISATION
commenter cet article
17 août 2013 6 17 /08 /août /2013 18:55
La Chine impériale, au XIXe siècle, refuse les règles de la « nouvelle économie » internationale née de la révolution industrielle. L'Occident, le Royaume-Uni en tête, lui imposera deux guerres qui signeront sa fin.
 
Pendant près de deux millénaires, de 220 av. J.-C. jusqu'à la proclamation de la première République, l'empire du Milieu aura résisté aux aléas de l'Histoire. Son unité s'est édifiée sur l'autosuffisance alimentaire, obtenue grâce au contrôle de l'eau, sésame permettant d'organiser la culture du riz à grande échelle. Elle s'est reflétée dans une autonomie culturelle fermée aux influences extérieures. Avec l'empereur comme symbole d'unification et la rigoureuse administration de la « bureaucratie céleste » suivant les préceptes de Confucius, la Chine reste un verrou à forcer pour les dynamiques puissances européennes et américaine en cette seconde moitié du XIXe siècle.

Depuis le XVIe siècle, l'Occident commercial est à l'étroit sur ses terres. Il a rapidement compris que la richesse passe par le commerce hors des frontières et l'ouverture de nouveaux marchés, de gré ou de force. Mais l'empire du Milieu fait figure d'anomalie dans cette nouvelle ère. Il n'a que faire des marchandises venues de l'Ouest. Il s'en tient à une équation simple : du thé, de la soie et de la porcelaine, prisés des consommateurs aisés du continent européen, contre de l'argent métal. Pour cela, les autorités chinoises limitent le commerce extérieur au seul port de Canton et le contrôlent en imposant, sous la houlette d'une administration tatillonne, de lourdes taxes sur les produits importés. Pour les pays occidentaux, cela se solde par une balance commerciale fortement déficitaire. Depuis la moitié du XVIIe siècle, 28.000 tonnes d'argent sont passées du continent européen au continent chinois. Aussi, le Royaume-Uni, qui a adopté l'étalon-or depuis la première moitié du XVIIIe siècle, se retrouve dans l'obligation humiliante d'emprunter de l'argent aux autres pays européens. Pour la couronne de Grande-Bretagne, le protectionnisme strict de l'empire du Milieu ne peut pas se perpétuer.

Aussi va-t-elle user d'un stratagème diabolique pour faire plier l'empereur. L'idée est d'introduire massivement sur le sol chinois l'opium, un produit dérivé du pavot cultivé sous contrôle britannique en Inde. L'usage de cette drogue mène à une forte dépendance, obligeant ses consommateurs à en soutenir la demande régulière. L'opium se répand rapidement à travers la société chinoise, transformant nombre d'individus en loques miséreuses. Les fumeries se multiplient. De 200 caisses (1 caisse = 64 kg) importées par la Chine en 1729, on passe à 40.000 caisses en 1838. Le paiement s'effectue en argent, inversant le flux du métal précieux des décennies précédentes.

 

L'opium devient un fléau social et une tragédie humaine pour la Chine.

En 1836, le gouvernement impérial de la dynastie Qing bannit son usage. Mais l'interdiction n'est pas suffisante, tant ce juteux commerce a les moyens de corrompre les agents officiels du port de Canton. Le démantèlement va être confié à un fonctionnaire impérial, Lin Tse-su, qui décide de sévir à la source. Il impose un embargo sur l'importation de tous les produits britanniques. L'action est efficace. En mars 1839, Charles Eliot, le commissaire britannique au Commerce, demande à tous les sujets de la reine Victoria qui font commerce d'opium de lui apporter leurs lots, le gouvernement s'engageant à les dédommager. L'équivalent d'une année d'importation d'opium est ainsi livrée à Lin Tse-su qui, en quelques mois, détruit tous les stocks, principalement britanniques, et autorise à nouveau l'importation de marchandises britanniques, sauf l'opium, dont le trafic est passible de la peine de mort. Le fonctionnaire va jusqu'à écrire à la reine Victoria et avance un argument imparable : comment pouvez-vous exporter de l'opium en Chine et l'interdire chez vous en raison de ses dangereux effets ? Le commerce ne devrait-il pas profiter à tous ?

Mais Lin ne reçut aucune réponse ni de la reine ni du gouvernement. Au contraire, ces derniers sont scandalisés par l'action chinoise et, plus prosaïquement, par le montant que doit verser le ministère des Finances aux importateurs d'opium britanniques à titre de compensation. Il est donc décidé d'envoyer la canonnière pour reprendre la situation en main, c'est la première guerre de l'opium.

En juin 1840, une flotte britanno-indienne arrive au large des côtes chinoises. Les attaquants disposent d'une immense supériorité en armement et Canton tombe rapidement. Les troupes de Sa Majesté remontent le Yang-Tse, prennent le contrôle du trafic sur le fleuve et privent ainsi le budget impérial des taxes que ce commerce lui procurait. Au bout de deux ans, les Qing plient. La première guerre de l'opium (1839-1842) se solde par le traité de Nankin. Celui-ci impose le paiement d'indemnités au Royaume-Uni et la cession du port de Hong Kong ainsi que l'ouverture au commerce international de quatre autres ports. Autre concession importante, les citoyens britanniques opérant sur le sol chinois relèvent de la loi britannique et non plus de celle de l'empire du Milieu. Mais cette situation est source de tensions croissantes au fil des années. Le trafic d'opium a repris de plus belle. L'empire commence à connaître des jacqueries importantes, qui vont déboucher sur le soulèvement Taiping (1851-1864), prélude à la décomposition du pouvoir impérial. Cette rébellion massive contre la « bureaucratie céleste » était animée par un ardent messianisme égalitaire. Partie du sud du pays, elle se propagea jusqu'à contrôler durablement plusieurs provinces, établissant sa capitale à Nankin. Elle ne put être jugulée puis écrasée qu'au prix de millions de morts - et avec l'active complicité des puissances occidentales prédatrices.

C'est dans un tel climat que survient l'épisode qui va déclencher la deuxième guerre de l'opium (1856-1860). Le 8 octobre 1856, l'« Arrow », un navire enregistré à Hong Kong, battant pavillon britannique, est arraisonné par des officiers chinois qui soupçonnent son équipage de se livrer à la piraterie et au trafic d'opium. L'arrestation des douze hommes donnera le prétexte pour attaquer à nouveau la Chine.

La ville de Canton est bombardée par les Anglais et les Français en 1857. Après trois années d'affrontements, les armées occidentales pénètrent dans Pékin le 5 octobre 1860, pillent et incendient le palais d'Été. Le 24 octobre 1860, la convention de Pékin est conclue. Ses termes signent la fin de l'indépendance économique du pays et son ouverture forcée à l'Occident : commerce de l'opium légalisé, reconnaissance des droits des chrétiens incluant le droit de propriété et d'évangéliser. Parmi les autres obligations, il y a l'ouverture de Tientsin en tant que port commercial pour commercer avec Pékin, et surtout la possibilité d'embarquer la main d'œuvre chinoise à l'étranger pour remplacer les esclaves affranchis. Ces « coolies » iront travailler dans des conditions proches de l'esclavage dans les mines ou les plantations de Malaisie, d'Australie, d'Amérique latine ou encore des États-Unis, pour la construction des chemins de fer transcontinentaux. Outre ces mesures, l'empire du Milieu doit verser au Royaume-Uni une indemnité de 3 millions d'onces d'argent et 2 millions d'onces à la France. Sans compter que durant ces années de guerre, la Russie a avancé ses pions et occupe désormais plusieurs territoires chinois. Le pays doit verser 50 millions de roubles au régime tsariste pour les récupérer. L'humiliation est totale pour la Chine.

 

Face à l'effondrement du monde issu de la « bureaucratie céleste »

L'impératrice Ts'eu Hi (Cixi) opère une « révolution culturelle » en s'inspirant de l'Occident : industrialisation, production d'armes, introduction de bateaux à vapeur, construction de lignes de chemins de fer. Mais il est trop tard, cette balbutiante entrée dans la modernité n'empêchera pas le pays de connaître un déclin durant des décennies. Au final, la Chine impériale, forte d'un droit et d'une civilisation millénaires, n'aura pas compris la nouvelle donne mondiale produite par la révolution industrielle. Son refus d'entrer dans le jeu économique se sera heurté aux appétits de nouveaux marchés d'un Occident dont les menées impérialistes restent fort éloignées de l'idée d'un commerce profitant à tous. « Nous, Européens, nous sommes les civilisés et pour nous, les Chinois sont les barbares. Voilà ce que la civilisation a fait à la barbarie », résumera avec ironie Victor Hugo.

  • Robert Jules | 17/08/2013, LA TRIBUNE

 

Repost 0
Published by chineenmouvement - dans CULTURE ET CIVILISATION
commenter cet article
15 août 2013 4 15 /08 /août /2013 07:09
L’endettement des agents non financiers chinois a fortement augmenté depuis 2008, et peut être estimé à 219% du PIB à fin juin 2013 (pour mémoire, il était de 259% du PIB dans la zone euro fin mars 2013). Le risque de cet endettement est pour l’essentiel porté par les banques chinoises, dont la situation reste solide, et la Chine est protégée par sa très faible dépendance aux capitaux extérieurs. La dynamique de l’endettement est cependant préoccupante, conduisant les autorités chinoises à chercher à améliorer la transparence de la structure de la dette, tout en mettant fin aux pratiques les plus risquées.

1 – L’endettement des agents non financiers chinois a fortement augmenté depuis 2008, et peut être estimé à 219% du PIB à fin juin 2013

La banque centrale chinoise (People’s Bank of China - PBoC) publie mensuellement les statistiques sur le financement social total (total social financing, TSF), qui recouvre les principaux moyens de financement de l’économie réelle, qu’ils soient directs ou indirects, et que les engagements soient inscrits au bilan des banques ou non. Le TSF mensuel ne mesure pas l’encours de financement mais un flux sur le mois, établi en combinant des variations d’encours et des mesures de flux. Il comprend :

  • les crédits en RMB accordés par les banques résidentes aux entreprises et aux particuliers ;
  • les crédits en devises accordés par les banques résidentes aux entreprises et aux particuliers ;
  • les trust loans, c’est-à-dire les prêts accordés aux entreprises par les sociétés fiduciaires ;
  • les entrusted loans, qui correspondent à des prêts entre sociétés non financières intermédiés par le secteur bancaire. L’entruster prête une somme à un emprunteur pour un usage, un montant, une maturité et un taux d’intérêt déterminés. Une banque, agissant en tant qu’entrustee, va contrôler l’utilisation de ce prêt, tout en gérant le remboursement du principal et des intérêts ;
  • les acceptations bancaires non escomptées ;
  • les émissions nettes d’obligations par les entreprises non financières ;
  • les émissions nettes d’actions par les entreprises non financières ;
  • les indemnités d’assurance ;
  • les investissements immobiliers des institutions financières ;
  • et enfin une catégorie « autres », regroupant notamment les crédits accordés par les sociétés de crédits de petits montants.

Il convient de souligner que les véhicules spéciaux de financement crées par les collectivités locales (local governement financing vehicles – LGFV) sont assimilés à des entreprises. Le TSF comprend donc les crédits qu’ils obtiennent ainsi que les obligations qu’ils émettent.

Entre 2002, date à partir de laquelle les statistiques sont disponibles, et 2012, le financement social annuel est passé de 2 011 Mds CNY – environ 240 Mds USD - à 15 761 Mds CNY - environ 2 500 Mds USD (graphique 1). Sur la même période, la part des crédits bancaires (toutes devises) est passée de 95% à 58% du TSF. A l’inverse, la part des trust loans, entrusted loans et acceptations bancaires non escomptées est passée de 1% à 22%, et celle des émissions nettes d’obligations de2% à 14%. La croissance du TSF est particulièrement forte entre 2008 et 2009, année marquant le début du plan massif de relance de l’économie chinoise. Sur les 6 premiers mois de l’année 2013, le TSF a atteint 10 151 Mds CNY.

A fin juin 2013, l’endettement cumulé des entreprises et des ménages chinois peut être estimé, sur la base du TSF publié par la PBoC, à 102 360 Mds CNY, soit 190% du PIB (graphique 2). Sur ce total, 74% correspond à des crédits enregistrés dans les bilans bancaires, 18% à des prêts hors-bilan et 8% à des obligations .

Une approche plus large conduit à une dette de 117 957 Mds CNY, soit 219% du PIB (graphique 3). Ce montant est obtenu en ajoutant trois types d’engagement non compris dans le TSF publié par la PBoC : les obligations émises par le gouvernement central ; la dette extérieure du gouvernement et des entreprises ; le financement privé. L’encours des obligations émises par le gouvernement central, pour son compte ou celui des collectivités locales, atteignait 8 438 Mds CNY à fin juin 2013. La dette extérieure du gouvernement et des entreprises s’établissait pour sa part à 3 076 Mds à fin mars 2013. Le financement privé, que la PBoC définit comme l’ensemble des prêts accordés par des acteurs autres que les institutions financières et non intermédiés par ces dernières, ne peut qu’être estimé. Sur la base d’une enquête auprès de 6 300 fournisseurs et utilisateurs de crédit, la PBoC a évalué que le financement privé s’établissait à 3 380 Mds CNY à fin mai 2011, soit 5,8% du total de l’encours des crédits bancaires en RMB à cette date. En partant de l’hypothèse que cette proportion serait restée stable, le financement privé s’établirait à 4 086 Mds USD fin juin 2013.

2 - Cet endettement reste mesuré et le risque pèse essentiellement sur le secteur bancaire chinois, qui demeure solide.

L’endettement des agents non financiers chinois reste inférieur à celui accumulé par les agents non financiers de la zone euro. A fin mars 2013, les agents non financiers de la zone euro étaient endettés à hauteur de 259% du PIB . La comparaison entre ces deux dettes (cf. graphiques 3 et 4) montre que :

  • l’endettement des ménages et des entreprises chinois s’établissait à 203% du PIB à fin juin 2013 (190% pour au titre du TSF calculé par la PBoC + 8% de financement privé + 5% de dette extérieure), contre 159% pour les ménages et entreprises de la zone euro. Ce dernier pourcentage est toutefois un minorant, puisque les statistiques européennes ne comprennent que les crédits accordés par les Monetary Financial Institutions et excluent donc des prêts apparentés à des trust loans ou des entrusted loans en Chine : crédits interentreprises, prêts accordés par des fonds d’investissement…. Par ailleurs, cette présentation surestime l’endettement des acteurs privés chinois. En effet, comme indiqué plus haut, les crédits accordés aux plates-formes de financement des gouvernements locaux, ainsi que les obligations qu’elles émettent, sont comptabilisés dans la catégorie des prêts aux entreprises, alors que ces plates-formes bénéficient de la garantie des gouvernements locaux. Or les montants en jeu sont significatifs. Selon la China Banking Regulatory Commission, les encours des seuls prêts bancaires aux plates-formes s’établissaient à 9 700 Mds CNY à fin juin 2013, soit 18% du PIB, qui en toute rigueur, devraient être imputés aux gouvernements locaux.
  • Le gouvernement chinois est très peu endetté (16% du PIB) en comparaison des gouvernements de la zone euro (99%). Ce constat demeure même après retraitement, qui ne peut qu’être partiel, des plates-formes de financement des gouvernements locaux. En ajoutant les 18% du PIB identifiés plus haut, on aboutir à un taux d’endettement de 34% du PIB. Dans son dernier rapport sur la Chine au titre de l’article IV, le FMI évalue l’endettement du gouvernement à 45% à fin 2012 en ajoutant aux crédits bancaires les trusts loans accordés au LGFV et les obligations émises par ces dernières.

Par ailleurs, les agents non financiers de la zone euro dépendent à 21% d’un financement externe à la zone, alors que ce taux n’est que de 5% pour les agents non financiers chinois. Ces derniers sont donc moins exposés à un retrait des financements étrangers. Cette protection est renforcée par le montant des réserves de change de la PBoC.

Le risque de défaut pèse pour l’essentiel sur le secteur bancaire chinois, dont la situation reste solide. Les prêts bancaires représentent 64% de la dette totale. Les banques détiennent également une grande part des obligations émises par les entreprises (40% à fin juin 2013). Or les établissements de crédit chinois possédaient des fonds propres de 9 360 Mds CNY à fin juin 2013, soit 17% du PIB, et des provisions atteignant à fin juin 2013 1 537 Mds CNY (3% du PIB), soit près de trois fois le montant actuel des créances douteuses (539,5 Mds CNY à fin juin 2013 soit un ratio de créances douteuses de 0,96%). Enfin, le secteur bancaire chinois pourrait, si nécessaire, bénéficier comme par le passé du soutien de son principal actionnaire (majoritaire au sein de chacune des principales banques), le gouvernement chinois.

3 - La dynamique d’endettement observée depuis 2009 est toutefois préoccupante et explique les mesures du gouvernement chinois visant à l’enrayer.

La croissance rapide de la dette est une source de préoccupation. Entre 2008 et fin juin 2013, le ratio dette/PIB a crû de plus de 60 points de pourcentage, passant de 155% à 219% du PIB. Une expansion si rapide du crédit ne peut que soulever des interrogations sur la rentabilité des actifs financés. Les prêts ont notamment servi à développer les capacités de production. Or, de l’aveu même des autorités chinoises les taux d’utilisation de la Chine sont particulièrement bas dans de nombreux secteurs industriels. Ainsi, selon la Commission nationale pour le Développement et la Réforme (NDRC), les taux se situaient en mars 2013 entre 70% et 75% pour les industries traditionnelles (acier, ciment, aluminium, etc.), et étaient de moins de 70% pour l’éolien et de 60% pour le photovoltaïque.

Le montant de la dette publique locale, et la qualité des actifs associés, sont incertains. La dette publique locale représente la principale composante de la dette gouvernementale. Or les collectivités locales ont en théorie interdiction de s’endetter. Elles ont donc crée des véhicules spéciaux d’investissement qui émettent des obligations ou s’endettent auprès de trusts ou de banques en apportant comme garantie le foncier dont la collectivité les a doté. Le dispositif est fragile, car très lié au cycle du marché immobilier. Les dernières données exhaustives sur l’endettement des collectivités locales et la rentabilité des projets financés remontant à fin 2010. La Commission Nationale des Comptes (NAO) a annoncé le 26 juillet 2013 le lancement d’un audit “urgent” de la dette des gouvernements locaux, qui permettra de disposer de données actualisées.

Les composantes de la dette ont récemment évolué, avec une forte progression de la part du shadow banking, qui recouvre en Chine les sources de financement indirect alternatives aux banques et le financement privé. Certes, la majeure partie des acteurs du shadow banking, et notamment les trusts, sont supervisés par la China Banking Regulatory Commission (CBRC). Mais ils servent les secteurs les plus risqués de l’économie chinoise (LGFV, promoteurs immobiliers…). De plus, alors qu’ils financent des projets à long terme dans les infrastructures ou dans l’immobilier, leurs ressources sont fréquemment constitués de produits structurés, émis en leur nom ou au nom des banques, et dont la maturité dépasse rarement un an.

Les autorités chinoises cherchent à freiner l’expansion trop rapide du crédit ainsi que le recours aux pratiques les plus risquées. Les taux interbancaires ont ainsi augmenté à partir de de la fin du mois de mai pour atteindre des niveaux historiques le 20 juin, avant de refluer dans les jours suivants. En laissant les tensions perdurer plusieurs jours, la PBoC a signalé qu’elle entendait freiner la progression très rapide du crédit enregistrée depuis le début de l’année 2013. Elle a également voulu sensibiliser le secteur financier aux risques engendrés par le développement de certaines pratiques : emprunts à court terme pour financer des positions à long terme ; emprunts d’USD pour les convertir en CNY et bénéficier ainsi de l’appréciation de la devise chinoise.

Le plan de relance lancé en 2009 a conduit à une très forte augmentation de l’endettement des agents non financiers chinois. Une deuxième accélération est constatée à partir de fin 2011, laquelle s’accompagne d’une modification de la structure de la dette, avec le développement du shadow banking. Si l’endettement global reste inférieur à celui constaté dans la zone euro, la dynamique inquiète. Le précédent épisode de forte croissance de la dette, entre 1994 et 1998, avait abouti à une envolée du taux de créances douteuses puis à une restructuration très coûteuse du secteur bancaire. En cherchant à accroitre la transparence des composantes de la dette, tout en incitant le secteur financier à mettre un terme aux pratiques les plus risquées, les autorités actuelles souhaitent conduire un deleveraging ordonné. La santé affichée par le secteur bancaire chinois, qui dégage toujours des profits records, ainsi que le très faible niveau de la dette extérieure, sont des atouts pour y parvenir.

Christian Masson, JI Tianhe

Service Economique Régional de Pékin 14 août 2013


Repost 0
Published by chineenmouvement - dans ECONOMIE
commenter cet article
14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 12:06
 Les entreprises vertes chinoises ont salué les nouvelles mesures pour la protection de l'environnement et les économies d'énergie, a rapporté mardi le journal Shanghai Securities News. Le Conseil des Affaires d'Etat, gouvernement central de la Chine, a annoncé le 11 août des mesures pour booster les industries vertes alors qu'il cherche à augmenter la demande intérieure et à transformer la structure économique du pays. Dans le plan de développement industriel de l'an dernier, la Chine s'était engagée à augmenter la production cumulée des industries écologiques à 4.500 milliards de yuans (730 milliards de dollars) d'ici 2015, soit une augmentation annuelle de 15% en moyenne. Le dernier document du Conseil des Affaires d'Etat réitère cet objectif, s'engageant à stimuler l'innovation technologique, à accroître la demande en produits verts et économes en énergie, et à booster l'industrie des services liée à ce secteur. Des efforts seront également réalisés afin d'établir des systèmes de tarification pour les énergies renouvelables ainsi que pour développer un cadre de prix différenciés quant à la consommation d'eau et de gaz naturel des ménages. Les entreprises chinoises ayant les capacités nécessaires seront encouragées à cibler des projets à l'étranger dans le domaine de la protection de l'environnement, et les entreprises à capitaux étrangers éligibles jouiront du même traitement préférentiel que leurs homologues chinoises, a ajouté le Conseil des Affaires d'Etat. Ces mesures comprennent notamment une amélioration plus rapide des technologies liées aux économies d'énergie et des équipements éconergétiques, en particulier les chaudières à haute efficacité.
© Chine Nouvelle (Xinhua) - Li Xiang, le 13/08/2013
Repost 0
Published by chineenmouvement - dans ECOLOGIE
commenter cet article