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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 17:39

Le ministère chinois du Commerce a justifié la révision en Chine du mécanisme de formation du taux de change du yuan (monnaie chinoise), qui s'est considérablement déprécié, récemment, face au dollar. Le ministère a déclaré que la dépréciation de 4,6% en trois jours, effectuée après cet ajustement le 11 août, traduisait "un ajustement normal" et aurait un impact limité sur le commerce extérieur.

Sur le marché international, il existe des préoccupations quant à la correspondance entre la dépréciation du yuan et les efforts chinois visant à stimuler ses exportations.

Depuis l'année dernière, une notable différence entre le taux de parité centrale du yuan et le taux sur le marché des transactions est en place. Ce nouveau régime de cotation de la parité centrale aide à réduire le fossé et permet au marché de jouer un rôle plus grand pour déterminer le taux de change du yuan, a indiqué le ministère dans un communiqué.

Le 11 août, la Banque populaire de Chine, banque centrale, a annoncé que la cotation quotidienne de la parité centrale, se rapportant au Système des transactions des devises étrangères de Chine avant l'ouverture du marché, devait être fondée sur le taux enregistré à la clôture de la séance précédente sur le marché interbancaire, l'offre et la demande du marché et la fluctuation des cours des devises majeures.

Après la dévolarisation de 4,6%, la parité centrale du yuan face au dollar s'est stabilisée.

L'impact d'un tel ajustement du taux de change sur les exportations chinoises sera limité, parce que près de la moitié des exportations sont liées à la sous-traitance, dans laquelle les matières premières sont importées en Chine et les produits terminés sont ré-exportés après assemblage.

Il n'y a pas de fondement pour justifier une dépréciation continue du yuan et le taux de change pourra "rester généralement stable et se maintenir à un niveau raisonnable et équilibré", souligné ce communiqué.

© Chine Nouvelle (Xinhua) - Xu Yongchun, le 29/08/2015

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 18:46

L'économie chinoise résistera à la pression annoncée à la baisse, pour maintenir sa croissance à environ 7% dans le futur, en raison de conditions favorables émergentes, a annoncé jeudi un économiste de renom.

Malgré 30 points de pourcentage inférieurs à son pic, la croissance maintiendra son niveau actuel pendant la prochaine période, si la réforme nationale et l'encouragement vis-à-vis de l'innovation réussissent, a déclaré Wang Yiming, directeur adjoint du Centre de recherche et de développement du Conseil des Affaires d'Etat (le gouvernement chinois), à l'agence de presse Xinhua (Chine nouvelle).

M. Wang a cité cinq facteurs qui conduiront les moteurs de l'économie à demeurer stables.

La Chine bénéficie d'une une base solide de son économie avec le système industriel le plus complet du monde et le plus grand réseau mobile, a indiqué le directeur adjoint. Celui-ci est persuadé que l'économie rassemblera de nouveaux élans, au moment où son industrialisation et son urbanisation sont loin d'être achevées.

Deuxièmement, selon lui, la consommation jouera un rôle plus important, car elle a déjà contribué à 60% de la croissance économique au premier semestre, soit une hausse de 5,7 points de pourcentage par rapport à la même période de l'année dernière.

D'énormes investissements sont nécessaires dans les domaines, tels que la réduction de la pauvreté, la protection de l'environnement, la conservation de l'eau et la rénovation urbaine, a-t-il ajouté.

Troisièmement, la promotion de l'innovation de la Chine améliorera la technologie, la gestion commerciale et le modèle commercial, de sorte qu'elle permette une meilleure utilisation du capital et maintienne une croissance des facteurs de productivité, a-t-il précisé.

Il a aussi considéré l'intégration des technologies, telle que le "cloud computing", la robotique ainsi que les nouveaux ressources et les industries traditionnelles, mais aussi la montée du développement dans les régions centrales et occidentale du pays, comme les deux derniers points saillants.

"Compte tenu de la situation internationale, ce que nous voyons traduit simplement un ajustement naturel quand l'économie s'avance dans une phase plus complexe, ce qui est en conformité avec un modèle de développement pour un pays tentant de rattraper ceux qui font la course en tête", a estimé l'économiste.

Cependant, il a indiqué que le gouvernement devait être proactif dans ses préparatifs aux changements, parce que les transformations économiques ne s'achèveront pas d'elles-mêmes.

© Chine Nouvelle (Xinhua) - Gao Yuye, le 06/08/2015

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 08:25

Premier pollueur mondial, la Chine a envoyé, mardi 30 juin, un signal très positif pour les négociations climatiques qui patinent. A cinq mois de la conférence de Paris, la COP21, le premier ministre, Li Keqiang, a dévoilé sa « contribution » à la lutte contre le changement climatique en s’engageant à plafonner ses émissions de gaz à effet de serre autour de 2030 et à réduire radicalement son intensité carbone.

Pékin n’a pas d’autre choix que d’agir, et d’agir vite. Non pas pour plier face aux pressions internationales : ses arguments sur la responsabilité historique des Américains et des Européens dans le réchauffement climatique sont recevables dans les discussions internationales. Ils ne le sont plus, toutefois, sur la scène politique intérieure, car l’environnement est devenu l’une des premières, si ce n’est la première, préoccupations des citoyens chinois. Toujours inquiets des risques d’instabilité politique, leurs dirigeants ont bien compris les risques de l’immobilisme dans ce domaine.

Première émettrice de pollution, la Chine en est aussi la première victime. L’opinion chinoise s’est largement réveillée sur les questions environnementales ces dernières années. Plusieurs centaines de millions de Chinois se sont émus, en mars 2015, lors de la diffusion sur Internet du documentaire alarmant sur les conséquences du « smog » réalisé par la journaliste Chai Jing, et rapidement bloqué par les censeurs. Ils manifestent encore aujourd’hui dans le sud de Shanghaï, inquiets de l’éventuelle installation d’une usine pétrochimique, comme ils l’ont fait avant à Chengdu, Xiamen et ailleurs. Comme l’a expliqué le premier ministre, Li Keqiang, l’an dernier, la première chose que font beaucoup de Chinois le matin est de regarder sur leur téléphone portable le niveau de pollution de l’air aux particules fines – généralement inquiétant, surtout dans la moitié nord du pays.

Le contexte actuel de décélération de la croissance économique offre aux dirigeants une occasion unique : du seul fait de la chute de la demande, la consommation de charbon de la Chine a commencé à baisser en 2014.

Le gouvernement chinois a su saisir cette chance. Pour la première fois, à l’issue de la visite de Barack Obama à Pékin en novembre 2014, il a fixé une date – 2030 – pour le pic de ses émissions de gaz à effet de serre, un objectif réitéré à Paris par M. Li. Pékin s’est donc enfin fixé l’objectif en termes absolus et ne prête plus le flanc aux critiques. Mardi 30 juin, le premier ministre chinois s’est également engagé à réduire de 60 % à 65 % l’intensité de son économie en carbone d’ici à 2030.
On ne peut s’empêcher de regretter que la Chine n’ait pas saisi l’occasion pour se montrer plus ambitieuse. Certains experts prévoient que le pic d’émissions de CO2 du pays sera en réalité franchi entre 2020 et 2025, du fait de la plus faible croissance de l’économie chinoise, mais aussi du développement de son parc de centrales nucléaires et, plus marginalement, de ses investissements dans les énergies renouvelables. L’objectif de 2030 aurait donc pu être avancé.

Mais ne boudons pas notre plaisir : les efforts chinois sont les bienvenus et il faut les saluer. La publication des engagements de la Chine, 42e des 195 Etats participant à la conférence de Paris en décembre à faire connaître sa contribution, a aussi le mérite de marquer l’entrée en piste des grands pays émergents, essentielle pour la réussite de la COP21. A l’Inde, maintenant, de s’engager.

Le Monde, 01/07/15

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 19:54

Dans le monde entier, le débat sur les énergies « propres » fait rage. Encore un domaine où la Chine prend la tête du cortège. Explication.

« L’économie verte », créatrice à la fois d’emplois et d’air pur, que les politiciens européens évoquent si souvent comme une espèce d’utopie pour un avenir éloigné, est une réalité en Chine. Il faut dire que le pays est sur la sellette depuis le sommet de Copenhague en 2009. En 2010, avec 23 % des émissions de CO2 mondiales, elle se voyait décerner le titre peu envié de premier pollueur de la planète.

Premier pollueur ? L’argument est à relativiser. D’abord, les émissions de CO2 doivent être prises dans une perspective historique : que pèsent les émissions chinoises d’aujourd’hui dans le réchauffement climatique, par rapport à celles de l’Europe qui brûle du charbon, puis du pétrole, depuis la Révolution industrielle ? Ensuite, accuser la Chine c’est bien gentil, mais n’oublions pas que les biens ici fabriqués sont en grande partie destinés aux marchés étrangers ; la responsabilité des émissions est donc largement partagée ! Enfin, comparer les émissions chinoises (donc d’1,3 milliard d’habitants) avec les émissions de pays plus petits n’a pas beaucoup de sens. Il est évident que les pays les plus peuplés émettent le plus de CO2 ! Par habitant en revanche, le Chinois émet moitié moins que l’Européen le plus vertueux et quatre fois moins que l’Américain moyen !

Cela dit, quelles que soient les circonstances historiques et les responsabilités respectives, il faut agir. D’une part, parce qu’au fur et à mesure du développement économique, la population du pays tend vers un mode de vie de plus en plus énergivore. D’autre part, parce que les ressources énergétiques sont déjà exploitées au maximum et que les approvisionnements étrangers coûteront probablement de plus en plus cher.

Depuis plusieurs années déjà, des projets-pilotes, des initiatives régionales, des plans de grande ampleur ont été mis sur les rails. En octobre 2012, le Bureau de l’information du Conseil des affaires d’État de Chine a publié le Livre blanc sur la politique énergétique chinoise qui définit un catalogue d’objectifs mesurables et de projets concrets d’ici à 2030. Dans ses grandes lignes, ce plan veut mettre l’accent sur les économies d’énergie et sur les énergies vertes. Le plan distingue entre énergies « renouvelables » qui sont l’hydroélectricité, le photovoltaïque, le biogaz et l’éolien, et les énergies « vertes », qui sont les mêmes plus le nucléaire (non émetteur de CO2). L’objectif est d’atteindre 20 % d’énergies vertes d’ici 2020 et le « pic d’émissions » en 2030, date à partir de laquelle la consommation énergétique du pays devrait décroître (avec un PIB qui devra continuer de croître).

Selon l’AIE, 2014 est l’année où l’on a vu les premiers résultats de ces investissements, puisque les émissions de CO2ont reculé de 2 % par rapport à 2013, pour la première fois depuis 2001.

La force de ce plan est qu’il répond à diverses préoccupations et rassemble plusieurs objectifs. Par exemple, les énergies renouvelables sont vues non seulement comme un moyen d’améliorer la qualité de l’air et de faire baisser les émissions de CO2, mais aussi comme une façon de réduire la dépendance du pays envers les importations d’hydrocarbures. Au-delà des objectifs écologiques et sanitaires, la Chine voit aussi dans les énergies renouvelables un moyen de renforcer sa sécurité énergétique. La transition énergétique est en même temps un formidable réservoir d’emplois. Selon une étude récente publiée par l’Institut d’études urbaines et environnementales de l’Académie des sciences sociales de Chine, 4,5 millions d’emplois directs seront créés, et plusieurs dizaines de millions d’emplois induis, d’ici à 2020, par les investissements dans les énergies renouvelables. Enfin, la course aux énergies propres répond à la priorité gouvernementale dans la « nouvelle normalité » qui est de favoriser l’innovation et la création de PME. Contrairement à l’Europe où les initiatives écologiques sont souvent l’objet d’un débat idéologique entre « idéalistes » et « réalistes », elles s’inscrivent ici dans la logique globale du développement économique et social du pays. Créer des emplois, améliorer la qualité de l’air, renforcer la sécurité énergétique, faire des économies, tel est le programme dévolu au développement des énergies vertes.

Le « mix énergétique » doit évoluer

Au-delà du consensus général sur une politique qui fait plus de place à l’énergie renouvelable, il faut bien constater que chaque type d’énergie verte présente ses aspects positifs et négatifs, aucune ne présentant que des avantages. Surtout, chacune correspond à des conditions locales et mondiales bien particulières. Aussi bien en Chine qu’ailleurs, l’idée du « mix » énergétique est désormais entrée dans les esprits. Seul un « mix » énergétique, c’est-à-dire une combinaison des différentes sources d’énergie, pourra faire face au double défi qui consiste à répondre à la demande croissante sans mettre à mal les ressources naturelles limitées de notre planète.

Le plan annoncé par la Chine (20 % de la consommation énergétique fournis par des énergies propres) ne pourra être tenu qu’à certaines conditions, soulignait Michel Aglietta, de l’Agence française de développement, lors de son intervention à la conférence sur la transition énergétique chinoise organisée à Beijing en novembre 2014. L’étalement urbain, qui favorise les déplacements en voiture, par exemple, et le choix de la Chine de remplacer massivement le charbon par du gaz, vont à l’encontre des objectifs affichés. En revanche, l’investissement dans le solaire, l’éolien, le biogaz et les technologies innovantes est encourageant.

Des investissements en hausse constante

En 2014, le pays a investi un total de 336 milliards de yuans (1 euro ~ 6,25 yuans) dans de nouvelles capacités de production éolienne, solaire et autres énergies renouvelables. Avec 378 GW de capacité installée, la Chine s’est hissée au premier rang des pays producteurs d’énergie renouvelable, principalement hydroélectrique et éolienne. Depuis l’année dernière, la Chine est le premier producteur et consommateur mondial d’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique, dont la production cumulée est équivalente des productions d’énergie totales de la France et de l’Allemagne additionnées.

Des pistes nouvelles sont en cours de développement. Lorsqu’on parle d’énergie renouvelable, on pense d’abord à l’éolien et au photovoltaïque. Mais selon les régions, d’autres sources d’énergie verte sont possibles. La Chine est déjà le troisième producteur mondial d’éthanol (après les États-Unis et le Brésil), un carburant qui fait rouler dès à présent 20 % du parc automobile chinois. À en croire les experts chinois, ces cultures ne menacent pas la sécurité alimentaire du pays, malgré le nombre croissant de fermiers qui se reconvertissent à l’éthanol, contredisant les inquiétudes affichées par le Fonds monétaire international qui s’inquiète de plus en plus de la compétition qui s’installe au niveau mondial entre bio-fuels et agriculture nourricière et qui tend à pousser vers le haut les prix des produits agricoles.

Économies d’énergie

La source d’énergie la moins controversée, ce sont les économies d’énergie. Selon les pays, le manque d’isolation des bâtiments, la mauvaise qualité des routes et des véhicules, les déperditions de réseau électrique et les équipements électriques obsolètes peuvent représenter jusqu’à 50 % de la facture énergétique totale. Dans bien des pays, on pourrait donc, par des mesures relativement simples, rapides et durables, réduire la consommation d’énergie et donc éviter ou reporter la construction de nouvelles centrales électriques, faire baisser la facture pétrolière, et au final améliorer aussi bien la qualité de l’air que faire des économies. Cette piste est également privilégiée en Chine, puisqu’elle est mentionnée en tête des mesures prioritaires annoncées par le Livre blanc sur l’énergie publié en 2012. L’une des mesures concrètes consiste à limiter l’usage de l’air conditionné et du chauffage. Une circulaire du Conseil des affaires d’État recommande que la température à l’intérieur des bâtiments publics ne soit pas fixée en-dessous de 26°C l’été, et qu’ils ne soient pas chauffés à plus de 20°C l’hiver.

Enfin, des projets innovants de grande envergure ont été lancés, souvent en faisant appel à la coopération internationale. Citons les trois principaux : Smart grid, CCS, CTL.

Smart grid : la Chine et les États-Unis sont en pointe dans ce domaine qui consiste à optimiser, par l’emploi de technologies de mesure des besoins et de communication en temps réel, mais aussi de vastes batteries de stockage, l’équilibre entre production et consommation électrique. La Chine a lancé, en partenariat avec l’entreprise américaine Honeywell, un ambitieux plan de « réseau intelligent » d’une valeur de plusieurs dizaines de milliards de yuans, qui permettra sur la période 2016-2020 de réduire la déperdition électrique dans le réseau chinois.

CCS (carbon capture and storage) : une technologie encore en phase de test qui consiste à récupérer et à stocker le CO2là où il est produit (surtout dans les centrales à charbon), dans laquelle la Chine est en passe de devenir l’un des leaders, avec des solutions commerciales qui seront proposées dès 2015, comme l’explique Philippe Paelinck, directeur de la division carbone d’Alstom, qui participe à 3 projets CCS en partenariat avec des centrales électriques chinoises.

Enfin, le CTL (coal to liquid), est une technologie qui permettra d’améliorer le bilan écologique du charbon. Le charbon liquéfié, séparé de ses impuretés, devient une source d’énergie similaire au gaz naturel. Une technologie qui n’est pas encore au point commercialement mais très prometteuse, surtout pour la Chine qui restera pendant encore plusieurs décennies le premier producteur et le premier consommateur mondial de charbon.

Tous ces efforts doivent concourir non seulement à améliorer la qualité de l’air en Chine, mais aussi à faire baisser l’« intensité énergétique » de l’économie chinoise, c’est-à-dire d’abaisser la consommation d’énergie par unité de PIB. L’objectif affiché pour parvenir au « pic de consommation énergétique » en 2030 est une baisse de 17 % par unité de PIB, qui suit une baisse de 20 % déjà réalisée sur la période des XIe et XIIe plans quinquennaux qui s’achève. Un objectif qui va de pair avec la modernisation de l’économie et sa tertiarisation. Plus l’économie se recentrera sur des services à haute valeur ajoutée, moins elle comptera, en proportion, sur la production massive de biens manufacturés, et moins elle consommera d’énergie par unité de PIB. On l’oublie parfois, mais la création d’emplois qualifiés est écologique.

Combiner emploi et écologie : une leçon à méditer pour les décideurs occidentaux qui donnent souvent l’impression de brasser du vent sur ces questions.

CHRISTOPHE TRONTIN, membre de la rédaction La Chine au Present

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 05:51

Avec la future BAII, créée pour investir dans des projets de développement asiatiques, Pékin remet en question le système financier issu de la Seconde Guerre mondiale. Un geste qui, demain, marquera peut-être l'acte de naissance du XXIe siècle, celui de l'Asie.

La Chine elle-même n'osait rêver d'un tel succès... Il y a longtemps que Pékin réclamait une refonte de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, ces institutions financières planétaires nées des accords de Bretton Woods, en 1944, et toujours dominées par les Occidentaux. En vain. Il y a moins de deux ans, en octobre 2013, le président Xi Jinping a lancé un ballon d'essai en évoquant une nouvelle organisation, mieux à même de financer les immenses besoins de développement des pays asiatiques.

L'idée est accueillie dans l'indifférence générale. Alors, sans traîner, il a mis son projet en application... Un triomphe, de son point de vue : dans les prochaines semaines, la Chine devrait présider la cérémonie de signature des statuts du futur mastodonte, la Banque asiatique d'investissement dans les infrastructures (BAII).

Toute ressemblance avec la Banque asiatique de développement, qui existe déjà, n'a rien de fortuit. Pékin est méfiant envers cet établissement, présidé par des Japonais depuis sa fondation, en 1966, et installé aux Philippines - Tokyo et Manille sont les deux alliés indéfectibles de Washington dans la région. La République populaire (RPC) n'aime pas davantage la puissante Banque mondiale, dirigée depuis toujours par des Américains et dont les modes de décision ne reflètent pas, à ses yeux, les changements intervenus ces dernières décennies, à commencer par sa propre ascension au rang de puissance économique et stratégique incontournable.

Si ce constat n'est pas neuf, le succès de l'offensive menée par la RPC a surpris, surtout aux Etats-Unis. Pas moins de 56 pays, dont 17 européens, entendent participer à la future banque. Sur les 100 milliards de dollars dont sera dotée, dans un premier temps, l'institution, la Chine contribuera à hauteur de près de 30 milliards. Parmi les signataires remarqués, plusieurs grands amis de l'Oncle Sam : le Royaume-Uni, la Corée du Sud, l'Australie.

Hormis les Etats-Unis, le seul acteur important de la région Asie-Pacifique à n'avoir pas signé est le Japon. En principe, le concurrent américain et l'ennemi nippon restent les bienvenus pour rejoindre cette grande célébration de la montée en puissance chinoise. Dans les faits, cependant, le quotidien nationaliste Global Times, à Pékin, ne boude pas son plaisir : "Sans la participation du Japon, la BAII fonctionnera très bien", estime-t-il.

La Chine ne convie pas la Corée du Nord

Parmi les fondateurs, on compte des pays aussi divers que la France, l'Allemagne, l'Italie, Israël, l'Afrique du Sud, l'Egypte, la Nouvelle-Zélande... Pékin a ratissé large, car chaque signature nouvelle ajoute au crédit et au prestige du projet. "La Chine a souhaité réunir le plus grand nombre possible de membres afin d'attester le soutien régional et global à son plan, légitimant ainsi les institutions alternatives qu'elle crée hors du système de Bretton Woods", constate Sun Yun, experte de la politique étrangère chinoise au centre Stimson, à Washington.

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Avec une bienveillance inhabituelle, la Chine laissera son grand rival en Asie, l'Inde, prendre la deuxième place au sein de la BAII, à laquelle New Delhi contribuera jusqu'à 8 milliards de dollars. Un geste destiné à prouver, mieux qu'un long discours, à quel point le projet, certes d'origine chinoise, serait en réalité multilatéral. La Russie sera le troisième pays contributeur. L'empire du Milieu a su se montrer séducteur et ouvert.

Il s'agit là d'un changement majeur dans la diplomatie chinoise. La puissance montante a longtemps fait cavalier seul, jugeant le monde largement hostile à son ascension. En toute logique, la Chine privilégiait plutôt les échanges bilatéraux, où son poids démographique et économique la place d'emblée en position de force. C'est ainsi qu'elle a bâti sa relation avec les pays d'Afrique, proposant investissements et infrastructures en échange de livraisons de ressources naturelles.

Or ce mouvement a été suivi d'un net retour de bâton : Pékin est désormais accusé d'exporter sa main-d'oeuvre et de recourir à ses propres entreprises publiques sans tenir compte des situations locales. Au problème d'image s'ajoute une question de rentabilité économique, car nombre de ces projets se révèlent coûteux pour le pays, à l'heure où il voit sa croissance ralentir.

Cette fois-ci, la Chine compte bien travailler avec les autres et étudier les projets au regard de leur rentabilité. "C'est l'un des principaux intérêts de ce projet, estime un diplomate français. Compte tenu de son poids, la Chine se voit obligée, par moments, d'oublier ses objectifs pour se fondre dans le jeu international. Elle ne veut plus risquer d'apparaître comme un passager clandestin." Signe des temps, la Corée du Nord n'a pas été invitée à rejoindre le club : le régime totalitaire de Pyongyang est incapable de respecter la moindre transparence économique.

L'homme chargé par le gouvernement de mener le projet, Jin Liqun, a su trouver les mots pour séduire jusqu'aux Britanniques, conduisant l'administration Obama à s'inquiéter de l'"attitude systématiquement conciliante" dont Londres ferait preuve envers Pékin. L'envoyé spécial de Pékin n'a pas caché que les premiers Etats signataires seraient sans doute les mieux placés pour obtenir un siège au futur conseil d'administration. Mais d'autres facteurs ont joué : "Objectivement, le projet n'est pas mal", reconnaît le diplomate déjà cité.

Propre contre la corruption et verte pour l'économie

Surtout, les institutions existantes semblent mal adaptées aux besoins immenses de l'Asie. Comme la Chine se plaît à le rappeler, un rapport publié voilà cinq ans par la Banque asiatique de développement estime que 8000 milliards de dollars d'investissements supplémentaires seront nécessaires pour maintenir la croissance des économies de la région au cours de la décennie à venir. Comment dire non, dans ces conditions, à celui qui se propose de participer au financement ?

Certes, des interrogations persistent. Les projets chinois d'envergure, tels que le barrage des Trois-Gorges, sur le fleuve Yangzi, ont été réalisés sans égards pour les populations déplacées ni pour le coût environnemental. Pékin est loin d'être un modèle de vertu. Mais les Européens ont jugé qu'il valait mieux tenter de peser de l'intérieur sur le cours des événements.

Une autre ambiguïté concerne les orientations de la banque. Car la Chine a déjà fait savoir, avec maladresse, qu'elle souhaite voir l'établissement participer à ses projets de politique étrangère, tels que la nouvelle route de la soie, imaginée par Xi Jinping pour renforcer le développement chinois en direction de l'Asie centrale.

Pour autant, Nicholas Lardy, spécialiste de la Chine à l'Institut Peterson d'économie internationale, estime que les pilotes chinois de la nouvelle BAII auront l'intelligence de penser d'abord à la réussite du projet, plutôt que de l'aligner ostensiblement sur les objectifs diplomatiques de Pékin. "Jin Liqun est déterminé à faire de la BAII une institution multilatérale à succès, estime Nicholas Lardy. Si, au passage, la banque aide des projets tels que la route de la soie, tant mieux. Mais ce n'est pas son objectif."

image: http://static.lexpress.fr/medias_10468/w_640,c_fill,g_north/barrage-des-trois-gorges_5359953.jpg

Jin Liqun incarne, à sa manière, une politique plus pragmatique et subtile que celle du passé. Ancien vice-président de la Banque asiatique de développement, cet ancien étudiant de l'université de Boston a aussi opéré à la tête du puissant fonds souverain chinois, China Investment Corporation, chargé de placer quelques centaines des 3 700 milliards de dollars de réserves de change du premier exportateur de la planète.

A l'image du gouverneur de la banque centrale, Zhou Xiaochuan, ou du ministre des Finances, Lou Jiwei, c'est un mandarin habile, serviteur fidèle de l'Etat-parti et participant apprécié des conférences internationales, dont il connaît les codes. Avec son anglais parfait, il n'hésite pas à défendre des valeurs très chinoises. En 2011, alors à la direction du fonds souverain, il a expliqué, sur la chaîne Al Jazeera, tout le mal qu'il pensait du droit social à l'européenne : "Les lois sur le travail induisent la paresse, l'indolence, plutôt que le travail dur. Le système d'incitation est totalement détraqué (out of whack)."

A la tête de la BAII, la Chine tentera demain d'exporter son propre modèle de développement, consistant à construire en amont les routes, voies ferrées et centrales électriques afin qu'elles entraînent ensuite la croissance. Les artisans de la nouvelle institution la veulent plus souple que la Banque mondiale, notamment dans ses mécanismes d'attribution de prêts. Les trois quarts des droits de vote seront entre les mains de pays asiatiques, même si sa langue de travail sera l'anglais.

A Pékin, le siège accueillera un personnel limité en nombre, qui contrastera avec les troupes pléthoriques qui peuplent, à Washington, les sièges de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international... La BAII, elle, sera "lean, clean and green", assure Jin Liqun à ses interlocuteurs : maigre en bureaucratie, propre contre la corruption et verte pour l'économie de demain. Tout un programme.

Côté américain, on reconnaît n'avoir pas vu venir le coup. "La plus grande erreur que les Etats-Unis puissent commettre est de perdre l'initiative dans le modelage d'un système international en mutation", écrivait il y a peu dans le Financial Times un ex-président de la Banque mondiale, l'Américain Robert Zoellick. Pis, c'est le refus répété des élus américains d'adapter les institutions existantes qui a poussé Pékin à agir, comme le relève Eswar Prasad, professeur de politique commerciale à l'université Cornell et ancien représentant du FMI en Chine : "L'intransigeance du Congrès a bloqué la réforme d'institutions dans lesquelles Washington disposait traditionnellement d'une influence hors norme!" souligne-t-il.

Barack Obama a longtemps vanté sa stratégie du "pivot américain vers l'Asie". Les dirigeants pékinois viennent de lui rappeler, sans jamais se départir de leur courtoisie, que le pivot est une figure de premier plan dans les arts de combat chinois.

De notre correspondant, Harold Thibault, publié le 22/06/2015 . L EXPRESS

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14 juin 2015 7 14 /06 /juin /2015 07:49

Un nouveau service de fret ferroviaire reliant la ville chinoise de Harbin (nord-est) à l'Europe a été inauguré samedi, ouvrant une nouvelle route commerciale entre la Chine et l'Europe.

Le train a quitté la gare de Harbin, capitale de la province du Heilongjiang, samedi à 10h00, transportant 49 conteneurs de marchandises chinoises, telles que des produits électroniques et des pièces automobiles fabriqués dans le nord et le nord-est du pays, d'une valeur totale de 3 millions de dollars.

Au cours de ce trajet de 9.820 km, le train passera par la Russie et la Pologne avant d'atteindre sa destination, Hambourg, en Allemagne, a indiqué Tu Xiaoyue, directeur général de HAO Logistics Co., Ltd, une joint-venture qui gère ce service.

Un train partira une fois par semaine, et chaque trajet durera quinze jours. Le service transportera des marchandises depuis la Chine, la République de Corée et le Japon ainsi que depuis des pays européens tels que l'Allemagne, la Pologne, la France, l'Espagne et l'Italie.

Plusieurs villes chinoises, dont Chongqing, Chengdu, Changsha, Hefei, Yiwu et Suzhou, ont lancé des servies similaires à destination de l'Europe.

© Chine Nouvelle (Xinhua) - Li Na, le 13/06/2015

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6 juin 2015 6 06 /06 /juin /2015 14:20

Pour la première fois en plus de dix ans, les émissions chinoises de dioxyde de carbone ont diminué en 2014. Cette baisse serait d’environ 2% par rapport à 2013, d’après une estimation de Bloomberg New Energy Finance. Cette étude est basée sur les données du Bureau National des Statistiques Chinois concernant la demande d’énergie primaire.

Une baisse qui s’explique principalement par la réduction du recours au charbon par la Chine (-3,9%) pour produire de l’électricité, au profit d’autres sources d’énergie comme le pétrole, le gaz naturel, mais aussi les énergies renouvelables. Une baisse non négligeable puisque le charbon représentait les deux tiers de l’énergie primaire consommée par ce pays de 1,4 milliard d’habitants (64,2% aujourd’hui).

Ce sont donc les efforts du pays en faveur de l’environnement qui commencent à porter leurs fruits. La semaine dernière, le gouvernement chinois a annoncé la mise en place d’un plan visant à réduire la consommation nationale de charbon de 160 millions de tonnes d’ici à 2020. Parallèlement, le pays espère que sa consommation d’énergie non-fossile atteindra 15% du total de l’énergie consommée d’ici à la fin de la décennie.

La Chine a déjà investi plus de 89,5 milliards de dollars dans les énergies propres, particulièrement en solaire et en éolien. Elle construit également de nombreuses centrales nucléaires, qui fourniront de l’électricité en grande quantité et sans émissions de CO2.

Publié le 16 mars 2015 EDF

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 14:15

Les producteurs d'énergie nucléaire chinois ont créé trois équipes d'intervention d'urgence pour gérer les éventuels accidents radiologiques, visant un plus haut niveau de sécurité nucléaire, alors que le pays reprend le développement de l'énergie nucléaire.

Une équipe est basée à Yantai, dans la province orientale du Shandong, alors que les deux autres sont basées dans les deux premières centrales nucléaires chinoises, respectivement à la Baie de Daya et à Qinshan, a-t-on appris du ministère chinois de la Protection de l'environnement (MPE).

Les équipes aideront la Chine à faire face aux urgences possibles impliquant les rejets de matières radioactives à grande échelle, en plus des normes de sécurité qui sont déjà les plus élevées pour la construction des réacteurs nucléaires, a annoncé Li Ganjie, directeur de l'Administration nationale de la sécurité nucléaire dépendant du MPE.

Selon lui, les équipes sont très importantes pour les centrales nucléaires afin de prévenir ou désamorcer les accidents graves. L'administration a également coordonné les mesures d'intervention d'urgence parmi cinq principaux producteurs publics d'énergie nucléaire chinois, indique une information de China Environment News.

Les trois équipes d'intervention ont été créées respectivement par les entreprises d'Etat China National Nuclear Corporation, China Nuclear Power Engineering Co., Ltd et China Power Investment Corporation.

La Chine a approuvé la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en mars, après avoir suspendu son développement de l'énergie nucléaire en 2011, suite au tsunami qui provoqua une catastrophe dans la centrale nucléaire de Fukushima au Japon.

La Chine est confrontée à davantage de risques nucléaires, car elle compte actuellement 23 centrales nucléaires en opération et 27 autres en construction, la plus grande quantité au monde.
© Chine Nouvelle (Xinhua) - Gao Yuye, le 13/05/2015

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 08:28

La Chine est devenue le plus grand investisseur en Allemagne en 2014 avec un nombre record de projets d'investissement, a montré lundi un rapport de Germany Trade and Invest (GTAI), l'agence officielle chargée de la promotion de l'économie de l'Allemagne.

Pour l'année dernière, la Chine a investi dans 190 nouveaux projets innovateurs dans la plus grande économie d'Europe, ce qui représente une croissance annuelle de 37%, dépassant les Etats-Unis et la Suisse qui se sont classés deuxième et troisième avec respectivement 168 et 130 projets, selon le rapport.

"La Chine est une source d'investissement très importante pour l'Allemagne [...] De plus en plus d'entreprises chinoises envisagent d'étendre leur marché européen en investissant en Allemagne et en renforçant l'influence de leurs marques", a déclaré Achim Hartig, chef chargé de l'investissement de la GTAI.

"Avec un investissement d'une valeur de plus de 200 millions d'euros (environ 216,78 millions de dollars), les entreprises chinoises ont créé plus de 1.700 nouveaux emplois enAllemagne l'an dernier", a déclaré Cao Yi, directeur principal des relations publiques de la GTAI.

Selon le rapport, l'électronique et le semi-conducteur, l'ingénierie mécanique, les services financiers, l'information et la technologie des télécommunications, ainsi que les logiciels ont été les principaux secteurs qui ont attiré la plupart des capitaux chinois.


© Chine Nouvelle (Xinhua) - Huang Wei, le 27/04/2015

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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 09:05

C’est aux abords de ces champs secs aux tons jaunâtres que la Chine livre une guerre de longue haleine contre la progression du désert. Ici, le sable menace de grignoter peu à peu chaque lopin de terre. Il suffit de faire quelques pas derrière les derniers hectares cultivés pour se trouver face à une étendue désertique à perte de vue. L’oasis de Minqin est menacée à l’ouest par l’avancée du Tengger et à l’est par le Badain Jaran, deux déserts émanant du plus vaste Gobi, qui tendent ces dernières années à se rapprocher. Ici, les précipitations sont extrêmement faibles, 120 mm par an, tandis que la région est un couloir venteux.
Dans cette lutte sans répit, la Chine mise sur une barrière verte, un front végétal, pour protéger ses terres arables. Racines et branches doivent fixer le sable et l’empêcher d’avancer encore plus. Autour de Minqin, une zone tampon a été créée entre les terres cultivées et l’étendue sableuse.
Sur plusieurs kilomètres, les dunes y sont quadrillées par de la paille pour constituer un sanctuaire autour de chaque pousse de plante désertique. Les techniques mises à l’essai ici ont vocation à être répliquées ailleurs, à l’heure où la Chine subit l’avancée du désert jusqu’à proximité de ses plus grandes villes. La région de Pékin a ainsi subi, le 15 avril, sa pire tempête de sable depuis treize ans.

Un déménagement comme une déchirure
La partie plus controversée de cette politique consiste à déplacer les populations des villages du comté situés en première ligne. Ce fut le cas en 2007 du bourg de Huanghui. Le sable arrivait à sa porte, le gouvernement décréta qu’il convenait de faire reculer l’activité humaine et le pompage dans les nappes phréatiques qu’elle requérait pour, en retour, endiguer la progression du désert. Zheng Julian, une fermière de 65 ans, a vécu le déménagement forcé comme une déchirure. « Lorsqu’il a fallu partir, j’ai tellement pleuré que j’ai cru devenir aveugle », se remémore cette dame dont la dernière volonté sera d’être enterrée dans son ancien village, qu’il soit avalé par le désert ou pas.
C’est que les déplacés de la désertification n’échappent pas aux failles caractéristiques des mouvements de population pilotés d’en haut par l’administration chinoise. Alors que les fermes traditionnelles de cette région de l’Ouest chinois sont faites de briques épaisses recouvertes de torchis, les murs des nouveaux logements sont si fins que l’intérieur se révèle glacial durant les rudes mois d’hiver. Le kang, ce lieu de couchage chauffé par en dessous, de la famille de Mme Zheng, s’est à moitié affaissé, et les murs d’une maison plus loin dans la rue principale menacent de s’écrouler.
Le nouvel emplacement est fort distant de la route principale, mais, paradoxalement, très proche du désert dont ils étaient censés s’éloigner. Ses habitants n’ont de cesse de répéter que le lieu a été très mal choisi.
Surtout, les champs entourant le nouveau village sont aussi secs que ceux de l’ancien et subissent régulièrement les tempêtes de sable. Beaucoup de chercheurs chinois reconnaissent aujourd’hui que ces déplacements de populations n’ont produit que des effets mitigés.
« Les migrations ne font que déporter le problème. Des résultats positifs peuvent être obtenus à certains endroits, mais la dégradation s’aggrave à d’autres », juge la chercheuse Xue Xian, du Laboratoire d’études de la désertification, situé à Lanzhou, la capitale de la province du Gansu, qui englobe Minqin. D’autant que les fermiers ne parviendront pas nécessairement à produire suffisamment sur ces nouveaux terrains pour s’en sortir, certains devant alors abandonner le travail de la terre.

La rébellion payée au prix fort
A quelques dizaines de kilomètres de là, le vieux Huanghui n’est plus qu’un hameau de quatre maisons, celles des familles qui parvinrent à dire non lorsque les autorités vinrent les contraindre à bouger il y a huit ans, une dérogation qu’elles peinent elles-mêmes à s’expliquer. Elles payent leur rébellion au prix fort. Les indemnités de lutte contre la pauvreté leur ont été supprimées, et elles n’ont plus le droit de cultiver. « Ils ne nous laissent plus rien faire pousser alors qu’avant, nous avions des pastèques grandes comme ça », raconte en écartant grand les bras Li Ya, 78 ans, aux côtés de son mari et de leur fils.
La disparition de leurs revenus agricoles a contraint ce dernier à devenir ouvrier migrant. C’est peut-être la crainte que ces mécontentements ne s’ébruitent qui a conduit le bureau local de la propagande à nous suivre durant trois jours à deux voitures.
Minqin et le cœur sec de la Chine payent d’abord des erreurs de gestion bien humaines. A partir des années 1970, le gouvernement central a incité au développement agricole de la région, dont les sols sont riches malgré le manque d’eau. « L’ensemble de cette agriculture dépend de la rivière proche, la Shiyang », dit Mme Xue. Autant d’eau en moins pour Minqin, oasis abreuvée par un seul canal tirant ses ressources d’un grand réservoir destiné à toute la région, lui-même rempli par le flot de la Shiyang.
Faute de pouvoir obtenir suffisamment d’eau de la rivière, les cultivateurs de Minqin ont creusé une quantité innombrable de puits afin de se servir dans les nappes phréatiques. Les réserves aquifères ont rapidement diminué, ne permettant plus la survie des plantes qui constituaient une barrière naturelle.

Changement climatique
Aujourd’hui, des panneaux le long de la route qui traverse le comté rappellent qu’il est strictement interdit d’ouvrir de nouveaux puits, et 3 000 ont déjà été fermés. Malgré cela, les familles de Changxing, un village du comté, ont toutes mobilisé un de leurs membres en cette matinée de printemps pour prêter main-forte aux travaux d’ouverture d’un nouveau point de pompage à soixante mètres dans les nappes phréatiques, avec l’approbation des autorités locales. Avant d’être descendus à la verticale, les tuyaux sont enroulés de deux couches d’un tissu spécial qui doit limiter la remontée de sable dans le futur puits, détaille Chen Guozhi, un villageois de 35 ans. Il n’ignore rien du dilemme de Minqin : « Nous savons bien que l’on risque d’aggraver la désertification, mais sans creuser de puits, nous ne pouvons rien faire pousser. »
A ces facteurs humains s’ajoute une interrogation sur le rôle que pourrait jouer le changement climatique, non pas particulièrement à Minqin, mais sur les déserts du Nord chinois en général. L’argument a déjà été utilisé par les autorités par le passé pour se décharger de leurs responsabilités. Pour Sun Qingwei, un ancien de l’Académie des sciences chinoise passé ensuite par Greenpeace puis par l’édition chinoise du National Geographic, « les causes de la désertification sont d’abord la politique de gestion des sols, mais aussi le développement et le changement climatique. Les chutes de pluie et de neige ont changé ces dernières années du fait du climat ».
L’Etat se félicite de parvenir aujourd’hui à des résultats positifs autour de cette oasis. Il a été nécessaire, pour freiner l’avancée du désert, que le gouvernement central intervienne entre les différents comtés de la région qui se disputaient le peu d’eau disponible. Il a également fallu mobiliser massivement des volontaires afin de planter des arbustes capables de survivre en conditions désertiques sur la barrière protégeant les champs de l’avancée des dunes. « Certaines des méthodes employées ne sont pas parfaites, notamment les migrations, relève la chercheuse Xue Xian. Mais d’autres donnent des résultats. Le nombre de tempêtes de sable baisse, le taux d’humidité augmente. Ce sont des données, pas des histoires, l’environnement s’améliore. »
Mais de nouveaux problèmes se présentent déjà dans ce petit comté. A commencer par trouver le moyen d’inciter les paysans locaux à entretenir la barrière verte qui encercle Minqin. Rien n’y pousse, donc elle ne leur rapporte pas, mais il faut malgré tout l’irriguer un minimum et s’assurer que les carrés de paille ne disparaissent pas sous le sable. Après que le premier ministre de l’époque, Wen Jiabao, eut visité la région en 2007 et promis que Minqin ne deviendrait pas un « second Lop Nur », en référence à un lac qui disparut sous le désert, Pékin avait consacré 4 milliards de yuans (600 millions d’euros) à la réhabilitation de Minqin. Ces fonds sont aujourd’hui arrivés à épuisement.


Le Monde, 22/04/15, Harold Thibaut (Minqin (Chine), envoyé spécial)

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