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20 mars 2017 1 20 /03 /mars /2017 17:30

La Chine sera son propre modèle

Dans un brillant essai nourri de son expérience unique de diplomate dans le monde chinois
depuis la fin de la révolution culturelle en 1976, Sylvie Bermann, aujourd’hui ambassadeur de
France à Londres, assure qu’il faudra prendre la Chine telle qu’elle est et non comme nous la
fantasmons. Une leçon de modestie et d’ouverture d’esprit.

La Chine en eaux profondes. Sylvie Bermann, Stock, 339 p., 20,50 €

Comment expliquer la singularité de la Chine sans tomber dans l’apologie sans discernement ou
la critique idéologique biaisée ? Pour tous les spécialistes sérieux de la civilisation chinoise, le défi
est permanent et Sylvie Bermann, pionnière du monde chinois il y a quarante ans, a relevé ce défi
avec succès.
Diplomate de carrière, sa grande chance a certainement été de découvrir la Chine au lendemain de
la révolution culturelle en 1976 et 1977, d’y avoir été nommée comme jeune diplomate en 1980-
1982 puis d’y être retournée de 2011 à 2014.


Des immersions multiples et décalées dans le temps


Le sérieux et l’équilibre de son essai s’expliquent par ces immersions multiples et décalées dans
le temps. Elle a été le témoin de la « Chine d’avant » et de « la Chine d’aujourd’hui », porte ouverte vers une réflexion solide sur « la Chine de demain ».
Récits, témoignages et notations à vif nourrissent sa réflexion sur une Chine dont elle sent très
bien les vibrations profondes héritées d’un « glorieux passé » et dont « la Chine est fière ». Elle
écarte très vite les fantasmes de ceux qui attendent comme seule évolution réelle de la Chine une
démocratisation… à venir.

« Nul ne pourra façonner la Chine à son image »


Au risque de décevoir les Occidentaux qui, dans un schéma mental ethnocentré, voient la montée
des classes moyennes provoquer une démocratisation, Sylvie Bermann répond : « La Chine n’est
pas et ne sera jamais telle que la veulent ses experts amoureux, déçus. Nul ne pourra la façonner
à son image. La Chine sera, comme toujours dans l’Histoire, son propre modèle ».

En conclusion, Sylvie Bermann donne un sage conseil : « La Chine est entrée dans une logique
de puissance que nous ne pouvons contester. Comme la Chine fera de plus en plus partie de nos
vies et de nos paysages mentaux, à l’instar des États-Unis au XXe siècle, notre intérêt est de (…) la
comprendre et donc de la connaître mieux ». D’où l’impérieuse nécessité de dévorer cet ouvrage
loin d’être alarmiste comme certains autres mais… rassurant.

Par Dorian Malovic, le 14/3/2017 journaliste à La Croix

 

 
La Chine en eaux profondes
Sylvie Bermann
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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 19:00

Zhou Yaoping 周耀平 plus connu sous le nom d'artiste Zhou Youguang 周有光 a vu le jour le 13 janvier 1906 dans la ville de Changzhou en Chine. Il est décédé le 14 janvier 2017 à Pékin.

Zhou Yaoping est un linguiste d'origine chinoise, considéré comme le père du pinyin, la transcription officielle du mandarin en langue romaine en République Populaire de Chine.

 

Biographie

Zhou Yaoping est né au début des années 1900 au sein d'une famille aisée qui avait subi la perte de sa fortune à trois époques différentes. La première faillite s'était déclarée lors de la dynastie Qing, la deuxième lors de la Deuxième Guerre Mondiale et la période de la Révolution culturelle qui était une campagne politique menée par Mao Zedong, a eu raison de la fortune familiale. Malgré tous ces revers, Mr Zhou a quand même pu bénéficier d'une bonne éducation. En effet, en 1923, Zhou Youguang a fait ses études à l'Université de Saint John de Shanghai où il a suivi des cours de spécialisation en sciences économiques, et a pris en supplément une formation en linguistique. Cette université faisait partie des meilleurs établissements d'enseignement de la ville de Shanghai. Il a abandonné ses études au sein de cet établissement lors du Trentième mouvement de mai en 1925 et a été transféré à l'université de Guanghua qui a eu une existence éphémère. Il y a reçu son diplôme deux années plus tard. Il est ensuite allé au Japon dans le cadre d'un programme d'échange d'étudiant. Ses premières expériences professionnelles ont consisté à tenir un poste de banquier et d'économiste à l'étranger, principalement dans la ville de New York, mais il est retourné dans la ville de Shanghai en 1949 quand la République Populaire de Chine a été décrétée.

En 1955, le gouvernement alors en place avait nommé Zhou à la tête du comité qui avait pour but principal la réforme de la langue chinoise afin d'augmenter le taux d'alphabétisation de la population. En effet, au début de ses travaux pour le développement du pinyin, 85% de la population chinoise ne savait ni lire ni écrire. Grâce à ses travaux, ce chiffre a diminué drastiquement. Le comité, qui était composé d'une vingtaine de personnes, avait ainsi passé trois ans pour développer le pinyin. D'autres comités avaient aussi été créés afin de conduire des travaux pour promulguer le mandarin en tant que langue nationale et de créer un ensemble de caractères chinois simplifiés. Le comité de Zhou avait pour mission de développer une romanisation afin de représenter la prononciation des caractères chinois. Le pinyin est ainsi devenu la romanisation officielle du chinois mandarin en 1958. Jusqu'à présent cependant, le pinyin est uniquement un guide de prononciation, et non un substitut à un système d'écriture.

Durant la période de la Révolution culturelle, Zhou avait subi comme beaucoup d'intellectuels de cette époque, une période de persécution. Il a ainsi été envoyé à la campagne pour y vivre et subir un programme de rééducation. Il alors passé deux années au sein d'un camp de travail. Il a aussi passé plusieurs années dans les domaines de Ningxia, une région pauvre située dans la partie Ouest de la Chine, pour y travailler. En 1948, il a rencontré le dernier empereur de Chine dans une cantine qui était sous la gestion du gouvernement de Pékin. Après son séjour aux Etats-Unis, il avait décidé de revenir dans son pays afin de contribuer à sa reconstruction. Il avait alors occupé un poste de professeur d'économie au sein de l'université Fudan de Shanghai.

Après 1980, Zhou qui avait à l'époque 74 ans, avait travaillé en collaboration avec Liu Zunqi et Chien Wei Zang pour traduire l'Encyclopédie Britannique en Chinois, ce qui lui avait valu le surnom d'Encyclopédie Zhou. Zhou avait ensuite continué à écrire et à publier depuis la création du pinyin. Par exemple, son livre Zhongguo Yuwen de Shidai Yanjin a été traduit en anglais par Zhang Liqing et a été édité en 2003. La totalité des ouvrages qu'il a écrits depuis 2000 se comptent par dizaine, dont certains ont fait l'objet d'une interdiction en Chine. Dans sa vieillesse, il est devenu un défenseur de la réforme sur le plan politique, et était critique sur les attaques du Parti communiste chinois concernant la culture traditionnelle chinoise une fois arrivé au pouvoir.

Zhou avait épousé Zhang Yunhe le 30 avril 1933 et cette dernière est décédée le 14 Août 2002. Ils ont été mariés durant soixante neuf ans et une centaine de jours. Ils ont eu ensemble deux enfants, dont une fille qui est décédée à l'âge de 6 ans et un garçon.

© Chine Informations - La Rédaction

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 07:05

« Chine Informations » a interviewé par Dorian Malovic, auteur du livre « China Love : comment s'aiment les Chinois ». Nous vous faisons ici la transcription de nos échanges riches et passionnants.

Bonjour Dorian Malovic, merci d'accepter de répondre aux questions de « Chine Informations » !
Vous avez écrit un livre qui s'appelle « China Love : comment s'aiment les Chinois. » Avant de comprendre de quoi il est question, pouvez-vous expliquer à nos lecteurs votre lien avec la Ch
ine ?

Mes liens avec la Chine remontent au milieu des années quatre-vingt lorsque je suis parti m'installer à Hong Kong comme correspondant pour plusieurs médias européens et canadiens. À cette époque-là, après la période Mao, c'était vraiment le début de l'ouverture de la Chine et c'est là où j'ai pu commencer à me rendre un peu partout en Chine. Aujourd'hui je suis chef du service Asie au quotidien « La Croix » et je m'occupe de la Chine depuis maintenant 30 ans ; j'ai eu la chance d'avoir pu être le témoin sur le terrain de l'évolution absolument extraordinaire du pays.

Ces années d'expérience m'ont permis d'appréhender ce que j'essaie de comprendre depuis des années, le cœur de la société chinoise. Il faut du temps et de la patience pour nouer des relations et en particulier pour comprendre les relations entre les gens.

J'aime les Chinois. C'est la nature humaine des Chinois qui me séduit, le rapport qu'on peut avoir avec eux une fois qu'on abat les barrières, qu'on change nos schémas mentaux, qu'on ne juge pas et qu'on n'est pas là pour être prétentieux et arrogant. Personnellement, je me pose toujours la question avant de dire quoi que ce soit, lorsque je suis témoin de quelque chose ou lorsque j'écoute des témoignages : « pourquoi cela se passe comme ça ? » Il y a toujours une explication et des raisons historiques, politiques, sociétales et il faut les écouter.

Qu'est-ce qui vous a décidé d'écrire sur l'amour en Chine ? Et quand cette aventure a-t-elle débuté ?

Ce livre c'est dix ans de travail sur le sujet des relations entre les hommes et les femmes, les relations sentimentales, les relations amoureuses et comment ça fonctionne. J'ai travaillé dix ans sur le sujet mais sans mes trente ans d'expérience de société chinoise dans les provinces, à la campagne je n'aurais pas pu écrire ce livre.

Le mariage est le cœur de la société, c'est-à-dire que la stabilité c'est le couple, la famille, le couple. C'est la Chine de l'intérieur que j'ai essayé de comprendre et voulu partager au lecteur.

Si les lecteurs français connaissent de la Chine le système communisme, les grandes usines, les exportations de produits manufacturés, les délocalisations ou le chômage à cause de la Chine, en revanche, sur la société chinoise, il y a très peu de livres accessibles au grand public et personne ne sait vraiment comment ça fonctionne. De plus, je pense qu'il y a une curiosité naturelle sur le sujet universel qu'est l'amour et les gens se demandent comment ça fonctionne en Chine, comment s'aiment les Chinois.

Ma formation d'anthropologue m'a poussé à me poser des questions sur les relations entre les êtres car ce qui est important dans une société finalement, ce sont les relations humaines. En Chine, les gens n'ont pas les mêmes codes, les mêmes échanges, les mêmes touchés que chez nous ; chacun a sa façon de s'aimer et j'ai eu envie de mener mon enquête pour savoir si l'amour existe en Chine, l'amour au sens où on l'entend en Occident avec la passion et les relations.

On peut remarquer qu'en dépit de l'apparence ultramoderne des grandes villes chinoises, il y a encore une pression familiale très forte concernant le mariage. Il y a aussi une révolution sexuelle en marche pas très bornée, un peu anarchique. Mais toutes ces choses évidemment changent et fondamentalement, j'ai voulu aller au cœur du fonctionnement de cette société ; et c'est seulement après toutes ces années d'enquête que je commence à saisir des choses que je n'avais pas comprises avant.

Auprès de qui avez-vous recueilli vos témoignages ?

J'ai beaucoup d'amis qui ont servi d'intermédiaire, qui m'ont fait confiance et qui m'ont présenté des gens.

La plupart de mes témoins, à 90 %, sont des femmes, de toutes les villes et de toutes les provinces, d'un peu partout. Les femmes ne m'ont jamais refusé le moindre entretien parce qu'elles avaient énormément de choses à me raconter.

Les 10 % restant sont quelques hommes qui ont ouvert leur cœur mais c'est un peu plus compliqué ; je crois qu'ils sont beaucoup plus réservés, plus timorés que les femmes.

« China Love » apporte-t-il un regard personnel ou est-ce un sujet que vous abordez de façon strictement objective ?

Je ne revendique pas l'objectivité puisque je suis un être humain et j'ai une approche sensible et humaine.

Ce que je ne voulais pas, c'est faire une enquête à charge mais je voulais faire témoigner et raconter des histoires de vie des Chinois, avec une structure simple sans en ajouter. Le livre est d'ailleurs écrit à la première personne.

La première chose qui saute aux yeux lorsqu'on voit la couverture de ce livre, c'est le billet de 100 yuans, au centre du cœur, comme pour symboliser que l'union dans le mariage est fondée sur l'argent. Est-ce là ce que vous avez voulu faire comprendre ?

Cette couverture est un peu satirique. Ce clin d'œil du billet, ce n'est pas de dire que lemariage est simplement basé sur l'argent mais que derrière celui-ci, il y a une structure, une cohérence. Un mariage, c'est une alliance de deux familles et il y a une quête de sécurité en Chine ; les critères de choix se font beaucoup sur le matériel, sur le garçon qui doit avoir un appartement, une voiture, un bon travail. Les rapports sont d'abord concrets avant d'être sentimentaux.

Mais c'est un petit peu l'approche que je donne en tendance « lourde ». Il n'y a pas que ça, il y a des exemples dans mon livre où des jeunes se sont mariés par affinités culturelles ; là on est dans une catégorie où ce sont souvent des jeunes un peu plus éclairés, qui ont fait des études supérieures, qui sont allés à l'étranger, qui ont été « frottés » à la littérature romantique.

Voilà, c'est un peu l'explication de la couverture, mais, loin de moi de porter le moindre jugement avec ce billet sur quoi que ce soit. J'explique simplement pourquoi cette question d'argent et le but du livre c'est aussi de faire en sorte que le lecteur ne juge pas au premier coup d'œil.

On observe en Chine une croissance importante presque tragique du nombre de divorces ces dernières années. Comment expliquez-vous cela ?

En lisant le livre et les témoignages on comprendra très vite. La pression familiale étant insistante et forte, on trouve un mari ou une femme très jeune sans se poser la question des sentiments ni se connaitre très bien. Les choses s'enveniment très vite avec les pressions des familles ; le mari va gambader à gauche, à droite et voir les prostituées avec sa situation financière qui s'améliore et finalement, cela mène au divorce. Et ça n'a jamais été très compliqué en Chine de divorcer.

Comment les nouveaux célibataires, qui se retrouvent parfois avec un enfant à charge, vivent-ils leur vie amoureuse ?

Alors effectivement, on se trouve avec des femmes célibataires assez âgées, qui ont des enfants à charge et qui ont du mal à se remarier parce que les hommes vont chercher des femmes très jeunes. Et c'est vrai, c'est un véritable phénomène de société.

La communauté homosexuelle en Chine est plutôt discrète. Savez-vous comment les gays vivent leurs histoires d'amour dans le pays ?

La communauté gay en Chine est assez énorme, elle est massive. On a des évaluations qui vont quand même jusqu'à 8 % de la population adulte mâle.

Et elle est visible, il faut ouvrir un peu les yeux ; vous avez des bars où se retrouvent gayset on croise des couples gays dans les rues.

Il n'y a pas vraiment d'homophobie en Chine comme on peut en voir en Occident mais le problème des gays, c'est qu'ils ne peuvent pas se marier entre eux.

Le mariage pour tous est-il envisageable et envisagé en Chine ?

C'est un sujet actuellement en discussion dans le pays vu le décalage entre les garçons et les filles : on est à 116 garçons pour 100 filles.

Il y a déjà des associations qui s'occupent des gays et des universitaires, des conseillers conjugaux, des psychanalystes qui en parlent. Il y a même des discussions sur le sujet dans les journaux. Donc la réalité est là et elle s'impose. Je serai donc plutôt optimiste non pas concernant un mariage pour tous mais une formule de PACS ou d'alliance. Cependant, c'est impossible à prédire.

Votre livre aborde également la prostitution. Est-ce un phénomène marginal ou répandu ?

La prostitution en Chine, elle est revenue après les années Mao et elle est massive. On a beau avoir des campagnes lancées par le gouvernement, la prostitution dans les hôtels, les salons de massage, les karaokés, les boites de nuit et autres endroits bien spécialisés, est une réalité.

C'est une prostitution économique qui se développe en masse près des côtes, où le développement est important comme à Canton ou Shenzhen.

Alors aux yeux de la population c'est bien évidemment socialement tabou et pas accepté. Maintenant il y a un pragmatisme économique qui fait que quand vous avez de jeunes femmes qui sont jolies, qui n'ont pas fait d'études et qui se demandent comment gagner de l'argent plutôt que d'être serveuse dans un restaurant à gagner trois fois rien, alors elles rejoignent des réseaux.

Il y a aussi ces concubines qui sont entretenues par de riches hommes d'affaires chinois dont je parle dans mon livre. Ces femmes ont une approche très mercantile ; elles font un plan de carrière sur quatre ou cinq ans jusqu'à ce qu'elles atteignent 25 ou 26 ans. Les hommes d'affaires finissent par se débarrasser d'elles pour une fille de 20 ans, mais vont quand même leur offrir une petite boutique, un magasin pour qu'elles s'en sortent. C'est une réalité dont la société est consciente même si ce n'est pas moralement acceptable.

Avec cette longue expérience dans le pays, avez-vous écrit d'autres livres ?

En effet, « China Love » est finalement l'achèvement d'une sorte de triptyque commencé il y a déjà plus d'une dizaine d'années. Celui-ci avait commencé à scruter le spirituel des Chinois au travers d'une biographie de l'ancien évêque de Shanghai, Mgr Jin Luxiane, publié en 2006 sous le titre « le Pape Jaune. » J'ai ensuite publié en 2008 un autre livre, « La Chine sur le divan », avec le grand psychanalyste chinois Huo Datong.

Après le spirituel et l'inconscient, j'ai voulu aller dans le cœur, dans le sentimental des humains.

Pour conclure, selon vous, pourquoi nos lecteurs aimeront lire « China Love » ?

Le sujet de l'amour est un sujet universel qui passionne. Ce sujet-là, sur la société chinoise n'a pas été traité de cette façon dans sa globalité comme je l'ai traité pendant dix ans de travail et d'enquêtes en Chine. C'est quelque chose que j'ai voulu assez complet et de très vivant. Je pense que pour les lecteurs de « Chine Informations », ça va être une découverte d'une société chinoise, d'un fonctionnement fondamental qui est au cœur de la vie et dont ils ne soupçonnent pas forcément la réalité. Je pense qu'à la lecture de ce livre, les Français ne regarderont plus les Chinois de la même façon ; ils y verront quelque chose de plus sensible que ce qu'ils peuvent lire en économie, en politique et en droits de l'homme entre autres choses.

Merci à vous Dorian Malovic.

« China Love : Comment s'aiment les Chinois »
ISBN : 9791021018037
Éditeur : Talla
ndier (2016)

David Houstin pour
La Réda
ction
© Chine Informations, le 01/06/2016

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10 mai 2016 2 10 /05 /mai /2016 23:39

En publiant dans la collection « Folio Histoire » le livre de l’anthropologue britannique Jack Goody, Le vol de l’histoire, les éditions Gallimard mettent à la disposition du grand public un important classique de l’anthropologie comparatiste contemporaine. Le professeur Goody analyse avec brio et finesse les ressemblances et les différences entre les grandes sociétés du continent euroasien et leurs dettes réciproques.

« L’Est est l’Est, l’Ouest est l’Ouest, et jamais ils ne se rencontreront », aimait répéter le grand chantre du colonialisme britannique et le prix Nobel de littérature 1907 Rudyard Kipling. Rien ne pouvait être plus éloigné de la pensée de l’anthropologue Jack Goody, compatriote du célèbre auteur de Kim, qui vient de s’éteindre cette année à l’âge canonique de 95 ans. L'homme s'était fait connaître en produisant une œuvre aussi abondante qu’érudite fondée précisément sur la proximité intellectuelle et historique entre l’Est et l’Ouest et leurs dettes réciproques.

Cette thématique de « dette » chère au professeur Goody, qui a enseigné pendant quarante ans à l’université de Cambridge, est au cœur de son dernier livre traduit en français : Le vol de l’histoire. Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde. « Le vol de l’histoire », désigne pour Goody, l’appropriation par l'Occident de l'Histoire avec un grand «H», conceptualisée à partir des grands moments de son propre passé. Cette approche hégémonique de l'Histoire pose problème puisqu'elle néglige les expériences d'autres peuples. C’est cet européocentrisme auquel Goody s’attaque dans son livre, n’hésitant pas à aller le débusquer chez des historiens européens les plus éminents tels que le sinologue Britannique Joseph Needham , l’Allemand Norbert Elias ou le Français Fernand Braudel.

Dynamisme occidental versus despotisme oriental

Situé à la confluence de l’histoire, la littérature, la sociologie, l’ethnologie et l’anthropologie, cet l’essai passionnant de plus de 600 pages propose une lecture comparatiste de l’évolution civilisationnelle notamment de l’Europe et de l’Asie, en s’arrêtant plus particulièrement sur une série de valeurs telles que la démocratie, le capitalisme de marché, l’individualisme, mais aussi sur des institutions telles que les villes, les universités et des émotions comme l’amour courtois érigés tant dans le discours savant que dans le discours populaire comme mesures de la singularité de la civilisation occidentale.

Or, ce qui pose problème, c'est que ces prétendues « inventions » occidentales, explique Goody, « se retrouvent dans bien d’autres sociétés, du moins à l’état embryonnaire ». Prenons l’exemple de la démocratie. Si le penseur britannique concède que c’est à Athènes qu’est née une certaine forme de gouvernance démocratique dans laquelle les hommes politiques contemporains se reconnaissent, il rappelle que la Grèce n’était pas un cas isolé dans le monde antique. Les consultations populaires étaient courantes dans les sociétés anciennes d’Asie et d’Afrique. Les Ashanti en Afrique de l’ouest pratiquaient une forme de démocratie participative, tout comme les communautés villageoises en Inde. Certains régimes comme celui de Carthage organisaient des élections annuelles. On est loin de la vision populaire de l’Etat de droit à l’œuvre dans une Europe dynamique face à des empires tyranniques (« despotisme oriental ») condamnés à l’immobilisme.

Marx et Weber

Dans un autre exemple consacré au capitalisme, Goody s’en prend, cette fois, à Marx et Weber pour affirmer, avec des exemples à l’appui, que le capitalisme de marché ne date pas de la révolution industrielle. Pour l’essayiste britannique, les méthodes de la production des richesses de la bourgeoisie occidentale n'étaient guère différentes de la pratique des marchands indiens et chinois qui, avec leurs cotonnades et leur porcelaine inondant les marchés, étaient les principaux exportateurs du monde au moins jusqu’au XVIIIe siècle. Et Goody de se demander si, au lieu d’être une pratique de nature différente, le capitalisme contemporain ne pourrait pas se définir plutôt comme « une intensification de l’activité économique et d’autres activités au sein d’un cadre à long terme qui serait celui du développement des villes et des activités de production et d’échange ? »

Ainsi, nombre des phénomènes politiques et sociologiques affichés par l'Occident comme spécifiques à son histoire, se retrouvent, comme le démontre Goody, dans bien d'autres sociétés : ils relèvent d'une histoire commune, plus particulièrement de celle de l'aire euroasienne. L’unicité de l’évolution de cette zone est un des motifs récurrents de la pensée de l’anthropologue britannique. En effet, après ses premiers terrains africanistes dans les années 1950, celui-ci s’est intéressé à l’évolution parallèle en Europe et en Asie des techniques (adoption de la charrue, écriture) et des systèmes sociaux depuis l’Age du Bronze il y a 5000 ans jusqu’à la Renaissance.

Alors que pour l’historiographie classique, la suprématie occidentale s’expliquerait par des causes fondamentales telles que la pensée rationnelle et le christianisme, selon Goody, la singularité occidentale qui date de la Renaissance s’explique par des contingences matérielles tels que « les progrès de l’artillerie et de la marine » et le développement de la culture de l’écrit basé sur la diffusion de l’imprimerie. Or, la poudre à canon tout comme le papier ont été inventés en Chine. Mais qui s’en souvient ?

Par Tirthankar ChandaPublié le 11-12-2015

Le vol de l'histoire. Comment l'Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde, par Jack Goody. Traduit de l’anglais par Fabienne Durand-Bogaert. Collection « Folio Histoire », 2015, 608 pages, 9 euros.

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13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 08:18

Constellation, le premier roman d’Adrien Bosc, lauréat du Grand prix du roman de l’Académie française 2014, figure parmi les œuvres qui ont reçu le prix chinois des « Meilleurs romans étrangers du XXIe siècle » le 25 mars 2016 à Pékin. Monsieur Lu Xun, qui a traduit le roman en chinois, répond à nos questions.

Créé en 2002, ce prix littéraire chinois est le fruit d’un partenariat entre « China Publishing Group » et l’Institut chinois de la littérature étrangère. Son jury est composé d’universitaires chinois de grande renommée spécialistes de littérature étrangère. Adrien Bosc rejoint d’autres auteurs français récompensés par ce prix, parmi lesquels Marc Dugain, Patrick Modiano, Annie Ernaux et J.M.G. Le Clézio.

Voici le commentaire du jury des meilleurs romans étrangers du XXIe siècle quant à Constellation :
« Le roman d’Adrien Bosc Constellation raconte l’accident du « Constellation », l’avion d’Air France, du 27 octobre 1949. En s’appuyant sur de riches documents et par une approche particulière, l’auteur remémore les histoires ordinaires de ces quarante-huit victimes, et fait renaître d’une manière vivante leur tragédie faite par toutes sortes de hasards. En souvenir des décédés, ce roman plein de soins humanistes pousse aussi les lecteurs à réfléchir sur le destin des hommes, et sa signification réaliste est bien sûr plus grande en notre temps où des accidents aériens sont fréquents. »

Constellation a été traduit en chinois par Monsieur Lu Xun, professeur associé en littérature française et directeur du département de français à l’Université de Suzhou, pour la maison d’édition « People’s Literature Publishing House », maison d’édition renommée pour la traduction des oeuvres littéraires internationales. Monsieur Lu Xun avait traduit respectivement Le destin des images de Jacques Rancières (La Fabrique éditions, 2003, 157 p.) et Les lisièresd’Olivier Adam (Flammarion, 2012, 454 p.). Les lecteurs chinois pourront prochainement découvrir Vol de nuitd’Antoine de Saint-Exupéry qui devrait paraître dans sa version chinoise d’ici la fin d’année.

Le service universitaire du Consulat de France à Shanghai s’est entretenu avec Monsieur Lu Xun :

En 2006, puis en 2008, des accords de coopération mis en place par votre prédécesseur Monsieur LI avec l’université de La Rochelle d’une part, et l’université Jean Monnet d’autre part, permettent à certains de vos étudiants de séjourner en France. Directeur du département de français de l’université de Suzhou depuis 2011, vous avez vous-même fait une partie de vos études supérieures en France. Pouvez-vous revenir sur cette expérience et sur les bénéfices que de telles opportunités apportent à la jeunesse chinoise actuelle ?

Oui, je pense que séjourner un moment en France est vraiment une période incontournable pour tous les apprenants chinois de français. Pour ma part, au bout de deux ans de travail en Chine, j’ai décidé d’aller en France en 2003. En effet, c’est en 2002 que j’ai découvert la France pour la première fois en visitant l’Académie française, l’école Cachan, l’IFM (Institut français de la Mode) ainsi que quelques magnifiques coins méridionaux comme Sophia-Antipolis, Saint-Paul de Vence. J’avoue que c’était vraiment une découverte extraordinaire, mais c’était avec une délégation officielle, alors ce que j’ai vu, ce n’est pas forcément la vie réelle des Français, c’est plutôt ce qu’on pourrait considérer comme la « vitrine » de la France. C’est pour ça que je désirais vivement m’inscrire dans l’Université Paris XII à Créteil pour d’une part poursuivre mes études supérieures en DESS et d’autre part découvrir la vie quotidienne des Français en tant qu’étudiant. Pourtant, mes premiers jours se sont déroulés dans le stress et la difficulté comme pour la plupart des étudiants chinois à cette époque : beaucoup de déplacements entre université, banque et préfecture de Paris pour les formalités administratives, recherche du logement et surtout d’un stage pour mon premier semestre. Au bout d’un mois, une fois tous ces problèmes résolus, j’ai commencé à réellement apprécier ma vie à Paris.

J’aimerais mettre en avant deux aspects de ma vie universitaire. Premièrement, c’est le logement. Durant mon séjour à Paris, je partageais un appartement de 3 pièces avec deux jeunes colocataires français qui étaient respectivement fonctionnaire et ingénieur en informatique. Vivre en colocation a été un excellent moyen pour perfectionner mon niveau d’expression en français et également pour apprécier la vie réelle des Français. Chaque jour, j’échangeais des idées, avec mes professeurs et les autres étudiants la journée, et le soir avec mes colocataires. C’est là que j’ai vraiment progressé en français.

Deuxièmement, c’est mon travail. En fait, dès l’inscription à Créteil, j’ai pensé à chercher un stage de fin d’études de six mois au minimum pour compléter ma formation en DESS. Heureusement, j’ai fini par en trouver un à l’Union des Fabricants. C’est un organisme reconnu d’utilité publique spécialisé dans la protection des propriétés intellectuelles des entreprises françaises. Situé dans un hôtel particulier historique du 16e arrondissement de Paris et à 5 minutes de la Place de l’Etoile, il offre un cadre exceptionnel et une très bonne ambiance disons franco-française que j’ai beaucoup appréciés et au sein de laquelle je me suis bel et bien intégré. Cette expérience professionnelle de 7 mois consécutifs m’a permis de côtoyer des Français aussi passionnants que passionnés et compétents, une équipe de permanents soudée et dynamique. Ainsi, ce stage m’a permis de vivre un esprit d’équipe dépassant les individualités et orienté vers la poursuite d’objectifs précis et motivants. Si ce stage m’a fait plaisir, c’est aussi parce qu’il m’a donné l’opportunité d’observer de très près la culture de l’entreprise. Par exemple, le midi tout le monde est regroupé à 13h (ce qui est très tard par rapport à l’heure habituelle des Chinois) dans un restaurant à proximité de l’Union pour déjeuner avec son propre ticket-restaurant. Et là, on prenait du temps et passait au moins une heure à parler. C’était vraiment un moment relaxant dans une ambiance conviviale. De tels moments m’ont surtout permis de mieux connaître la bonté et la générosité de mes collègues français.

A partir de mes expériences personnelles en France, je me permets de donner deux conseils aux jeunes Chinois voulant séjourner en France pour leurs études :

Premier conseil : Une fois arrivé en France, cherchez toujours à vous intégrer à la société française, que ce soit en cherchant un logement, en effectuant un stage ou bien même en faisant un exposé en collaboration avec vos camarades français d’une même équipe. Ce n’est pas marrant de vivre coupé du monde français tout en s’enfermant dans un petit cercle d’amis chinois. Les difficultés que vous pouvez avoir finissent par vous apprendre à vous débrouiller tout seul et à travailler d’une manière autonome et efficace. Tout comme on le dit en Chine : La vie elle-même est le meilleur des professeurs.

Deuxième conseil : Pensez toujours à lier la théorie avec la pratique, ce qui constitue un point fort dans le système éducatif français. Préparer un mémoire de spécialisation, c’est important pour vos études. Mais chercher un stage dans le cadre de la formation supérieure ne l’est pas moins, que ce soit à mi-temps ou à plein temps. Sinon, vous ne serez pas suffisamment « armé » dans votre carrière si vous avez un tas de diplômes ou de certificats en main mais pas d’expérience professionnelle.

Outre l’enseignement de la langue et de la culture françaises, vous vous intéressez à la traduction d’œuvres littéraires françaises. Comment êtes-vous arrivé à la traduction et d’après vous, quel est le rôle du traducteur ?

Avant de répondre à cette question, j’aimerais dire que je suis toujours très reconnaissant envers l’Université de Nankin où j’ai fait 4 ans d’études de français et où j’ai eu la chance de connaître des professeurs-traducteurs chinois renommés tels que M. Xu Jun, M. Zhang Xinmu et M. Liu Chengfu. C’est eux qui m’ont présenté le charme éternel de la traduction.

Généralement, le métier de traducteur s’exerce de façon différente selon que ce soit à l’oral ou à l’écrit. Et j’ai travaillé à la fois aussi bien comme interprète que traducteur. A la fin de mes études à l’Université de Nankin en 2001, j’ai travaillé deux ans en qualité d’interprète au Centre franco-chinois des Métiers de la Mode de Chine qui se trouve dans la vieille ville de Suzhou et qui a été créé à l’initiative du Ministère français de l’Éducation nationale et du Comité de l’Éducation de la Province du Jiangsu. Et là, tous les jours, je faisais de l’interprétariat de 8h à 17h auprès de deux professeurs français en stylisme et modélisme. C’était un travail très dur mais très formateur. Entre-temps, j’ai souvent été sollicité comme interprète par des entreprises françaises et des organismes publics et gouvernementaux. Ainsi, je suis devenu polyvalent dans la traduction et capable de traduire des textes sur des sujets très variés : sciences et technologies, éducation, économie, culture, etc. De telles expériences m’ont aidé non seulement à beaucoup progresser en traduction mais aussi à approfondir mes connaissances dans de nombreux domaines.

En tant qu’enseignant de français à l’Université de Suzhou dès 2005, je manifeste un grand intérêt pour la traduction des ouvrages français et la recherche littéraire, car cela me permet de promouvoir la culture française auprès des lecteurs chinois et surtout d’établir un pont entre la France et la Chine tout en surmontant la barrière linguistique par la traduction. Le premier livre français que j’ai traduit, c’est Le destin des images de Jacques Rancières. J’ai fait cette traduction en 2009, quand je faisais mes études doctorales à Nankin, en collaboration avec M. Zhang Xinmu, professeur de langue et de littérature françaises, nommé chevalier dans l’ordre des Palmes académiques. Il m’a donné beaucoup de conseils précieux, ce qui m’a beaucoup aidé à me perfectionner. Depuis trois ans j’ai traduit pour la maison d’édition « People’s Literature Publishing House » Les lisières d’Olivier Adam (Flammarion, 2012) etConstellation d’Adrien Bosc (Stock, 2014).

Pour traduire des textes littéraires, je dirais qu’il faut des aptitudes en stylistique, une bonne imagination et des connaissances culturelles étendues. Il s’agit non seulement de bien comprendre le fond et la forme de la version originale française, mais aussi de pouvoir susciter, à travers l’oeuvre dans sa version chinoise, les mêmes émotions chez les lecteurs que ce que voulait l’auteur français. C’est en cela que réside les difficultés de la traduction littéraire.

Quant au rôle du traducteur, je trouve qu’à l’heure de la mondialisation, la communication se révèle être impérative et omniprésente à tous les niveaux, tant interpersonnel qu’intergouvernemental, tant national qu’international. Le traducteur joue un rôle crucial en la matière. Pour être un bon traducteur professionnel, bien comprendre une langue étrangère ne suffit pas. Il lui faut en posséder la culture, décoder ses messages sociaux ou même savoir créer.

Constellation le premier roman d’Adrien Bosc a reçu le prix chinois des « Meilleurs romans étrangers du XXIe siècle » le 25 mars à Pékin. Vous avez traduit ce roman en chinois. Avez-vous été en contact avec l’auteur durant la phase de traduction ? Racontez-nous votre expérience.

C’est une très bonne question, car j’ai effectivement pensé à prendre directement contact avec l’auteur.

A mon avis, Constellation est un roman non fictif dont tous les contenus sont basés sur un excellent travail de documentation qu’a fait l’auteur. A part des célébrités comme Marcel Cerdan, boxeur et amant d’Edith Piaf, et Ginette Neveu, la violoniste prodige, l’auteur veut raconter aussi l’histoire des autres passagers, et constitue ainsi une mosaïque de personnages aussi éclectiques qu’intéressants. Dans les « anonymes », il y a les bergers basques et la petite bobineuse de Mulhouse, le créateur des produits dérivés de Walt Disney, le mari malheureux qui joue sa dernière carte et rentre à New York reconquérir sa femme. Ainsi, Adrien Bosc a abordé des sujets très variés dans son premier roman : musique, économie, boxe, textile, littérature, etc. Cela signifie que lors de ma traduction, j’ai rencontré beaucoup de termes techniques qui proviennent de domaines bien différents. C’est pour cela que je voulais entrer directement en contact avec l’auteur. Mais nous ne nous sommes pas contactés directement l’un l’autre, dommage ! Heureusement, Mme Huang Lingxia, rédactrice francophone de la maison d’édition « People’s Literature Publishing House », m’a beaucoup aidé. Ma traduction touchant à sa fin, j’ai fait une liste de toutes mes questions sur l’oeuvre d’Adrien Bosc. Elle l’a ensuite envoyée à une rédactrice chez Stock. Quelques jours plus tard, j’ai eu toutes les réponses à mes questions. En fait, ce sont plutôt les deux rédactrices qui ont eu des contacts directs entre elles durant la phase de traduction. Ça a bien marché !
12/4/2016

Consulat général de France à Shanghai

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 17:38

Un éditorial du très officiel China Daily mercredi 25 novembre, appelle à la reconnaissance de ces millions de Chinois qui sont nés hors de la politique de l’enfant unique.

A

Ils sont vivants et ont aujourd’hui l’espoir de pouvoir enfin exister officiellement. Les personnes nées en Chine, en violation de la politique de limitation des naissances – que l’on appelle « enfants noirs » –, lancée en 1979, doivent pouvoir obtenir des documents d’état civil, a plaidé dans son édition du mercredi 25 novembre le très officiel quotidien China Daily, alors que 13 millions d’entre eux, sont victimes de ce vide juridique.

13 MILLIONS DE CHINOIS VICTIMES D’UN VIDE JURIDIQUE

Le « hukou », le permis de résidence, est un sésame indispensable d’une citoyenneté normale en Chine, afin d’aller à l’école, de bénéficier d’une protection santé ou d’avoir accès au logement. Les parents qui ont un enfant de plus qu’autorisé par la loi doivent s’acquitter d’une lourde « taxe de maintenance sociale », pouvant aller de 500 à plus de 10 000 € pour légaliser le nouveau-né de trop, et lui permettre d’obtenir des papiers. Une amende que seuls les plus riches peuvent payer.

UN ÉDITORIAL DU CHINA DAILY VAUT « DÉCISION POLITIQUE »

Le quotidien officiel anglophone China Daily a ainsi exhorté dans un éditorial, illustré d’une photo d’un agent de l’état civil, les autorités à permettre à ces enfants, nés hors planning familial, de mener une vie normale. Une telle prise de position dans un organe officiel du régime vaut « décision politique » à terme. « (Ils) n’ont commis aucun acte répréhensible et devraient se voir offrir un statut légal leur autorisant l’accès aux prestations sociales », plaide le journal.

LI XUE A MENÉ UNE VIE DE FANTÔME

Après avoir annoncé le mois dernier que tous les couples chinois seraient désormais autorisés à avoir deux enfants, Pékin a ouvert un débat national sur l’impact de la politique de limitation des naissances, mais a également mis en lumière la dramatique réalité de ces millions de Chinois non enregistrés par l’administration. Une Pékinoise, Li Xue, racontait le mois dernier à l’Agence France-Presse sa vie passée dans l’ombre en raison des contraintes bureaucratiques.

Sa famille aurait dû s’acquitter à sa naissance d’une amende de 5 000 yuans (650 €) hors de portée pour ses parents disposant d’une retraite de 100 yuans par mois. Du coup, à 22 ans, Li Xue a passé toute sa vie dans un néant administratif. À six ans, elle a vu ses copines partir à l’école. Elle restait à la maison. « Quand elle était malade, on devait mendier des médicaments aux voisins », expliquait sa mère.

UN ESPOIR DE CHANGEMENT

Le ministère de la Sécurité publique a promis lundi 23 novembre de s’occuper de la question des enfants sans « hukou », selon la presse chinoise. Mais si le gouvernement s’est déjà engagé dans le passé à réformer le système, peu a été fait dans ce sens. « Les autorités locales devraient réfléchir à la façon d’appliquer les politiques gouvernementales sans violer les droits juridiques des gens », a souligné le China Daily sur un ton martial qui laisse espérer une prochaine régularisation de ces millions de Chinois fantômes.

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 07:50

À 84 ans, Youyou Tu est la première Chinoise à obtenir un Nobel, celui de médecine, attribué lundi 5 octobre par le comité Nobel.

La fierté d’une nation. Il n’est pas exagéré de dire que la co-lauréate du prix Nobel de médecine 2015, la Chinoise Youyou Tu, 84 ans a rempli de joie le pays tout entier à double titre. Ce Nobel de médecine est le premier attribué à une femme chinoise (1) d’une part, et qui de plus a fondé sa réussite sur la pharmacopée traditionnelle chinoise millénaire.

UN CADEAU DE LA MÉDECINE CHINOISE AU MONDE

Scientifique et patriote, Youyou Tu a déclaré lundi que sa découverte du traitement contre le paludisme a été possible grâce à un extrait de la plante armoise annuelle (Artemisia annua), « un cadeau de la médecine chinoise traditionnelle au peuple du monde ». Une nouvelle contribution de la Chine à la planète.

Cette pharmacologue diplômée de l’Académie de médecine en 1955 et qui avait déjà reçu en septembre 2011 le prestigieux prix Albert-Lasker, considéré comme potentiellement précurseur à l’obtention d’un Nobel de médecin ou de physique, avait estimé que ce Nobel n’était pas « un honneur fait à ma seule personne, mais à l’ensemble des scientifiques chinois ».

« Nous avons mené des recherches pendant des dizaines d’années, donc obtenir ce prix n’est pas une surprise » a-t-elle encore expliqué lundi soir à un quotidien du soir de la province du Zhejiang.

UNE MISSION MILITAIRE « TOP SECRÈTE »

Au-delà de cette prestigieuse récompense, c’est la façon dont elle a pu aboutir qui inspire une histoire singulière plongée dans les pires années noires de la Chine communiste. En 1967, au début de la révolution culturelle chinoise, quand Mao décide de balayer toutes les anciennes valeurs intellectuelles et culturelles, Tu est affectée d’office dans un institut de recherche.

En pleine guerre du Vietnam (contre les Américains, 1955-1975), une équipe de 500 chercheurs dont elle a fait partie, hérite d’une mission militaire « top secrète », baptisée « projet 523 », imposée du sommet de l’État : trouver un traitement contre le paludisme, une maladie qui frappait alors la Chine et décimait les forces communistes du Nord Vietnam soutenues par Pékin.

LA DÉCOUVERTE D’UNE ÉQUIPE

Ce projet scientifique, en plein chaos de la révolution culturelle, fut le seul maintenu par Mao et son premier ministre Zhou En-lai, avec ceux sur les bombes nucléaires (A et H) et les satellites artificiels. Tu quitte sa fille de trois ans et s’exile avec ses collègues sur l’île de Haïnan tout au sud de la Chine.

Treize ans de recherches plus tard, dans des conditions très difficiles, on découvre l’artémisinine, extraite d’une plante, l’armoise annuelle. C’est là que pointe une polémique sur l’identité réelle de celui ou celle qui a découvert le remède. Youyou Tu se présentait dans son livre publié il y a quelques années comme « l’inventrice numéro un » de la molécule alors que certains collègues parlaient plutôt d’un « travail d’équipe ».

Grâce à ce Nobel, Youyou Tu a réussi à légitimer aux yeux du monde l’importance de la médecine traditionnelle chinoise, longtemps moquée en Occident. La récupération politique est immédiate. Le ministère chinois de la Santé a publié lundi soir un communiqué félicitant la lauréate pour son prix, « qui montre l’importance que peuvent avoir les médicaments traditionnels chinois dans la préservation de la santé humaine », ajoutant que c’était une « fierté » pour la médecine traditionnelle chinoise.

En même temps le premier ministre Li Keqiang a estimé que le succès de Youyou Tu « reflète les progrès dynamiques des sciences et technologies chinoises », signes de « la progression continue de la force de la Chine et de son influence internationale ».

(1) Avant elle, deux autres citoyens chinois avaient obtenu un prix Nobel : l’écrivain Mo Yan (Littérature, 2012) et l’activiste Liu Xiaobo (Paix, 2010), qui purge une peine de 11 ans de prison depuis 2009.

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26 septembre 2015 6 26 /09 /septembre /2015 09:45

Par Sonia Bressler

A l'issue du Forum sur le développement économique du Xinjiang qui s'est déroulé, en août, à Urumqi, nombreux ont été les échanges, les discussions et les découvertes. Cependant au fur et à mesure des débats passionnants qui ont mêlé interrogations sur la « sécurité », sur la culture autour du projet « One Belt, One Road » plus communément appelé Route de la Soie, il me semble que l'on manque notre sujet. Cela signifie que nous n'arrivons pas à entendre ce que la Chine souhaite mettre en place. Nous restons sur des positions anciennes tant sur le plan politique, économique que philosophique et culturel. Or nous devons comprendre ce qu'est la Chine de demain, nous devons l'admettre et l'accueillir.

Quand je parle de « nous », de « on », il faut entendre « nous les occidentaux ». Pourquoi manquons-nous notre sujet ? La première raison c'est que nous refusons d'interroger notre peur viscérale de la Chine. Celle-ci naît du schisme apparu en 1750. La seconde raison, c'est que nous appartenons au passé.

J'entends déjà les boucliers se dresser, les arguments s'affuter, la colère gronder. Mais ce n'est pas grave d'appartenir au passé, le tout est de le savoir ou comme je l'ai déjà dit de l'admettre et non de rester dans un déni (caractéristique de notre époque).

Le passé a du bon, il est le soutien d'un présent. Il est le « point aveugle » qui sous-tend le futur. De ce point aveugle on peut observer, comprendre, établir de nouvelles recherches et certainement chercher à défricher de nouveaux outils avec lesquels mettre en place un nouveau système.

1- L'Europe et le Monde ont besoin de la pensée chinoise

Mettre en place un nouveau système de pensée, nous ne pouvons pas le faire seuls (avec nos concepts usés, abîmés pour ne pas dire périmés). « Seuls » cela signifie dans notre coin, loin de la pensée chinoise. Cette mise à l'index de la pensée chinoise ne date pas d'hier. Comme expliqué dans mon article intitulé « la culture en avance sur la diplomatie » , c'est à partir de 1750 que le désamour pour la Chine s'expose au grand jour. Le point aveugle de ce désamour tient au fait que la pensée européenne délaisse l'humain au profit du politique. La Chine apparaît négativement chez Montesquieu, notamment dans L'esprit des lois (chapitre 21 du livre VIII) où il qualifie de « despotique » l'Empire chinois.

Là naît le schisme entre l'Europe et la Chine. Il s'incarnera autant dans la société civile que dans la « philosophie ». Cette dernière devient exclusivement européenne. Tout le travail de Confucius ne relèvera donc plus que de la pensée. C'est à Emmanuel Kant que nous devons l'affirmation de cette séparation en 1756, dans le cadre de son cours de Königsberg sur la « géographie physique », où il évoque l'Asie. Il décrète que Confucius n'avait aucune notion de philosophie morale : « Leur maître Confucius n'enseigne rien dans ses écrits hors une doctrine morale destinée aux princes ». Il conclut alors : « le concept de vertu et de moralité n'a jamais pénétré dans la tête des Chinois ».

Hegel reposera la question de la philosophie en Orient, tout en scellant la séparation officielle. Il écrit dans les notes de ses cours, publiées sous le titre Leçons sur l'histoire de la philosophie, une section consacrée à « La philosophie orientale ». Il y écrit « Nous avons deux philosophies : 1° la philosophie grecque ; 2° la philosophie germanique. » Il s'ensuit que « ce qui est oriental doit donc s'exclure de l'histoire de la philosophie. » En d'autres termes, la philosophie ne peut venir de Chine.

Le débat était clos. Mais voilà que le président Xi Jinping met en marche la « Route de la Soie ». Elle avance, elle relie. Elle est un lien. Un pont jeté entre les cultures, un appel à travailler ensemble. En tant que lien, elle va vers l'Europe, donc vers le passé. Elle avance, elle est aux portes de l'Europe. Son avancée, son ampleur ravivent les blessures, les plaies, les fantômes et les vieux démons européens.

Dans son ouvrage intitulé la Gouvernance de la Chine, Xi Jinping donne une leçon de politique au monde. Il y explique clairement son projet « One Belt, One Road », il y montre la volonté de la Chine de tendre la main à ses voisins et à ses amis. Mais au-delà du projet économique, il montre combien nous manquons d'imagination et que notre politique mais surtout nos vies ont besoin de ce rêve. Ce rêve, comme tout rêve chinois est un rêve concret. Il est une réalité en marche. Il est déjà si bien avancé qu'il donne le vertige. Et nous occidentaux, nous tremblons face à cette perspective, face à cette immensité en marche.

Le plus beau de l'histoire, c'est que Xi Jinping ne néglige personne sur le chemin et surtout pas la jeunesse. Il y consacre un discours, où il écrit « les jeunes doivent garder en tête que les ‘discours creux nuisent à l'Etat, tandis que les actions concrètes renforcent'. Il est indispensable qu'ils soient dévoués à leur poste de travail, qu'ils commencent leur tache par eux-mêmes et par des petits riens, et qu'ils accomplissent des exploits notables afin d'assurer l'épanouissement de leur vie » .

A qui veut entendre, voir et surtout faire un effort d'imagination, la pensée chinoise offre un rêve concret, une réalité en marche. Rêve que nous aurions pu prendre en marche en 1750 mais nous l'avons refusé en instaurant ce schisme - précipitant ainsi la fin des Lumières. Jamais nous n'avons eu autant besoin de la Chine pour créer de nouveaux espaces de pensée, de nouveaux rêves, de nouvelles concrétisations économiques et politiques.

2- La Chine de demain passe par La route de la Soie

La Route de la Soie peut être cet axe autour duquel nous pouvons articuler une nouvelle façon d'envisager le politique, l'économique et le culturel.

Elle ne néglige personne. Au fur et à mesure des milliers de kilomètres parcourus sur cette route au coeur du Xinjiang, j'ai pu me figurer ce que signifie ce projet.

Bâtir la « Route de la Soie », c'est réunir, rassembler non seulement l'ensemble de la population chinoise (c'est associer les cinquante six ethnies ensemble) mais aussi les pays frontaliers, et ceux plus lointains. C'est regarder le futur avec les yeux du présent, sans oublier les traces du passé. Un passé riche d'histoires, de rencontres, d'échanges, de batailles, de dépassement de soi, de transmission des savoirs.

Une route, c'est le coeur du lien entre les cultures, les savoirs. Elle porte en elle toutes les possibilités des échanges. Et la Route de la Soie relève bien des défis : elle unifie les ethnies autour d'un projet commun. Chaque ethnie se trouve reliée, chaque culture, chaque pratique, chaque savoir peut s'échanger, se partager. Depuis toujours la Route de la Soie a eu cette vocation, la médecine ouïgour est née du mélange de celle chinoise et arabe, elle a aussi pris du savoir indien.

La force de cette route, c'est sa diversité. Cette diversité est la pépite économique et politique de la Chine.

Contrairement à ce que laisse entendre une vision occidentale de la Chine, la Chine de demain n'est pas celle des mégalopoles (telles que Shangaï), bien sûr elles auront une place capitale, mais la grande force de la Chine de demain réside dans l'existence de la diversité.

Cette diversité se trouve dans son cœur. La Chine vit et vibre de ses ethnies, de ses provinces reculées. Dans ce gigantisme géographique, la Chine peut puiser une force considérable.

Le Xinjiang incarne tout cela. A la fois région pétrie d'histoires, de légendes, elle est aussi une région qui avance, qui relève des défis hors du commun, tant sur le plan écologique, que sur celui commercial et culturel.

C'est une région traversée de milles savoirs, mille sagesses, de mille projets. Chaque habitant est une force vive de la Chine moderne. Chaque habitant a une histoire à la fois particulière (singulière) mais aussi collective. C'est cette histoire singulière qui doit nourrir celle collective.

En d'autres termes, c'est en s'attardant sur chaque point qui constitue la ligne des différents tracés de la Route de la Soie que la Chine pourra accomplir cette unification, et cette avancée amicale.

Chaque rêve personnel, individuel doit nourrir celui collectif. C'est une chance pour chaque individu, chaque village, chaque ville, chaque région et enfin chaque pays. La Route de la Soie doit aider chacun à améliorer ses conditions de vie, à construire ses propres rêves et c'est ainsi qu'elle pourra avancer dans un cheminement « gagnant-gagnant » tel que le décrit Xi Jinping. Et c'est précisément ce fil économique du « gagnant-gagnant » que nos sociétés occidentales ne comprennent pas.

3 - Une nouvelle vision de l'économie : locale, collaborative et internationale

Comprendre ce cheminement du « gagnant-gagnant », c'est renverser le système économique occidental. C'est le mettre à plat pour le rebâtir, le remettre en état de marche. Qu'est-ce que cela signifie ? Et bien c'est assez simple, c'est reprendre le principe que l'humain est au centre et non le politique.

Comprendre les besoins de chaque individu, c'est écouter les histoires, les parcours de vie. Il faut partir de chaque histoire singulière pour comprendre les besoins des individus, des familles, des villages, des villes, des régions.

Nos économies sont devenues spéculatives. Depuis deux siècles, elles ne se nourrissent que d'elles-mêmes, elles ne servent que leurs propres intérêts. Le marché ne sert que lui-même. En d'autres termes, nous créons des valeurs à un endroit. Celle-ci gonfle, puis éclate comme une bulle de savon.

Le souci des bulles économiques, c'est qu'elles éclatent, elles se crèvent, elles se percent et finissent par ne plus exister. La crise que traverse l'Europe montre combien il est important de trouver d'autres valeurs au centre de l'économie.

Si nous suivons le fil de la Route de la Soie alors nous sommes obligés de considérer les choses sous un autre angle. Pas de route sans les individus. Ils sont là pour entretenir le passé, le présent, le futur. Ils sont là pour partager les savoirs acquis au fil des siècles et apprendre de nouvelles choses.

L'économie de demain se fonde sur des savoirs particuliers, sur des histoires singulières. Elle est la base solide qui viendra renforcer l'économie existante.

Au Tibet, comme au Xinjiang, j'ai eu l'occasion de rencontrer des entrepreneurs. Ils sont le poumon de l'économie chinoise.

L'ensemble de ces entrepreneurs (petits et grands) c'est la force d'une nouvelle économie fondée sur des valeurs culturelles locales.

L'économie forte de la Chine c'est celle qui va allier l'économie locale, avec des productions en circuits courts qui valorisent chaque habitant, chaque savoir local. Une économie plus solidaire, plus équitable et donc valorisant les savoirs locaux, les énergies vertes. Une économie dialectique qui sera la force de la Chine de demain.

Qu'est-ce qu'une économie dialectique ? Pour moi, il s'agit d'une économie qui suivrait une méthode dialectique. C'est-à-dire qui analyserait la réalité en mettant en évidence les contradictions de celle-ci et chercherait à les dépasser. Mais comment dépasser ces contradictions du réel ? La Chine a déjà bien compris en mettant en place des centres sociaux qui expliquent les aides dont peuvent bénéficier les habitants. Mais il ne faut pas s'arrêter là. L'erreur fondamentale de l'économie occidentale c'est d'avoir créer une monnaie à vitesse unique.

La réalité du terrain, nous montre que cette monnaie détruit le potentiel des individus. Plus personne n'arrive à se nourrir, à se loger sans s'endetter.

Si nous partions des rêves individuels, des besoins « authentiques », nous pourrions entendre que l'économie doit au minimum se situer sur deux étages. Un étage pour le quotidien et un étage pour le commerce national et/ou international. L'histoire passée de la Route de la Soie est pleine de cette proposition. Les monnaies retrouvées tout le long de la Route en attestent. Les valeurs se sont échangées au fil des siècles à la fois sur un plan local et sur un plan international.

Une économie dialectique serait donc celle capable de permettre à chaque individu de bénéficier des fruits de son travail mais également permettre à chaque strate de la société de s'améliorer pour le bien de tous. Poursuivre un but commun c'est déjà faire le premier pas en ce sens. Cette économie dialectique doit donc être collaborative, diversifiée (car ancrée dans chaque histoire individuelle) et internationale. Mais la partie internationale ne doit pas faire souffrir celle individuelle. C'est cet équilibre entre passé et futur que la Route de la Soie dit explorer.

Pour conclure, la Chine est un pays qui a la plus longue histoire. Elle ne s'est pas constituée en un jour. Son histoire est un long processus de compréhension des cultures et des savoirs qui la constituent. Elle est multiple, et unitaire, la Chine avance forte de ses savoirs ancestraux.

En avançant le long de son histoire, la Chine a appris de toutes les cultures ethniques qui la constituent. En se basant sur elles, la Chine a développé des technologies bien avant les civilisations occidentales.

Comprendre la Chine de demain, s'est s'interroger sur ce qui la constitue aujourd'hui (les coutumes, les politiques, les ethnies, les questions environnementales, l'éducation, les technologies nouvelles etc.). La Chine est un pays vivant, mouvant, qui doit poursuivre son histoire. Mais contrairement aux pressions qu'elle reçoit de la part des autres pays, la Chine ne doit pas baser son histoire sur celles des autres pays. Elle doit continuer à avancer en étant son propre moteur, selon son propre savoir, sa propre sagesse. Elle doit se recentrer sur ses forces vives : ses régions, ses ethnies et donc sa diversité. En faisant cela la Route de la Soie gagnera en stabilité et pourra avancer en toute sérénité.

A propos de l'auteur : Sonia Bressler est docteur en philosophie et épistémologie, ses recherches sur le langage l'ont conduite après l'obtention de son doctorat à prendre un train pour la Chine. De ce périple en mai 2005 est né non seulement un premier récit Paris-Moscou-Pékin mais également son amour de la Chine.

le Quotidien du Peuple en ligne | 01.09.2015

(Note : Cet article n'engage que son auteur et ne représente en aucun cas une position institutionnelle de people.cn)

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 09:56

Les pieds bandés, qui aujourd'hui ont quasiment disparu depuis leur interdiction, faisaient partie il y a quelques années, des stéréotypes sur la Chine. Aujourd'hui encore, de nombreux Occidentaux ignorent le but implicite de cespieds bandés qui représentaient – pensait-on à l'époque –, le summum de la beauté féminine.

L'historien Jason Wordie, installé à Hong Kong, a récemment dépoussiéré le mythe pour révéler que cette pratique sexiste n'était ni plus ni moins à connotation sexuelle.

La croyance populaire voulait en effet que la position des doigts de pieds repliés vers la voûte plantaire permette de rendre les muscles des cuisses et du plancher pelvien (muscles vaginaux) plus tendus et serrés, augmentant le plaisir sexuel des hommes qui les possédaient.

Ainsi, lorsque les messieurs regardaient les jeunes femmes aux pieds bandés se promener hanches ballantes dans les rues, ils les imaginaient certainement dans leur lit.

Les premiers récits de voyage décrivent d'ailleurs la manière « séduisante » avec laquelle ces femmes chinoises marchaient et comme elles se balançaient doucement. Et les raisons physiologiques pour cette démarche chancelante « attractive » n'ont jamais été sérieusement remises en question par les observateurs occasionnels.

Il faut rappeler que les femmes qui se faisaient bander les pieds avaient alors pour but de séduire – grâce à leurs pieds de riches hommes afin de vivre dans l'abondance sous leur toit.

Pour ces derniers, avoir sous son toit une femme ou plusieurs concubines aux pieds bandés était une marque claire de leur puissance et leur richesse, un moyen de déclarer implicitement « Regardez combien je suis riche ! Je peux aisément me permettre de nourrir toutes ces bouches inutiles. »

En effet, ces femmes économiquement improductives avaient pour seule fonction dans la société – de par leurs pieds bandés – d'être belle et « décorative » ainsi que de satisfaire sexuellement les hommes et de procréer.

Afin de garder les doigts de pieds unis et repliés, les pieds devaient être étroitement bandés, d'une manière bien précise, avant de chausser de minuscules chaussures décoratives. Les bandages pouvaient alors rester pendant des jours, voire des semaines.

Les femmes possédant des pieds « réduits » à 10 centimètres, les fameux « pieds de lotusd'or » étaient les plus prisés.

La vive opposition à cette pratique de la part des missionnaires chrétiens du XIXe siècle a permis un changement progressif jusqu'à son interdiction complète en 1912 dans le pays.

© Chine Informations - La Rédaction, le 05/09/2015

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8 avril 2015 3 08 /04 /avril /2015 09:29

Une fleur de lotus sortant de l’eau pure, / Naturelle, dépourvue de toute décoration, telle devrait être la poésie selon Li Bai. Il vécut au VIIIe siècle et demeure la figure la plus marquante de l’époque Tang, considérée comme l’âge d’or de la poésie chinoise. Mais il y a trois mille ans que les Chinois sont poètes et que leur poésie est en quête d’harmonie. Qu’elle dit le monde tel qu’il est : Affaires humaines, changeants nuages, / Pourquoi ? (Gao Qi, XIVe s.). Rêve à ce qu’il pourrait être : Les fleurs de pêcher sur l’eau s’éloignent ; / Il est un autre monde, pas celui des humains (Li Bai). Aspire à l’union avec la nature : Je crains de vieillir plus vite si les fleurs sont fanées (Du Fu, VIIIe s.). Dénonce ce qui détruit les êtres de l’intérieur : Pleurs jamais taris, / Souillures jamais lavées, / Ardeur jamais consumée, / Honte jamais épurée, / Cette vie incertaine, évanescente, / Où trouvera-telle enfin son havre de paix ?(Guo Moruo, 1892-1978.) Se laisse hanter par l’Histoire : Les lianes sauvages, mues par on ne sait quel amour, étreignent les os blanchis par la guerre (Yuan Haowen, XIIIe s.). Fixe pour l’éternité les moments fugitifs des amours heureuses : Défense au soleil de relever les stores de tes yeux, / Défense à la brise de brosser tes sourcils, / Personne ne doit te réveiller, / Ouvrons l’ombre d’un pin pour couvrir ton sommeil (Wen Yiduo, 1899-1946). Et rivalise avec les autres arts, peinture ou calligraphie : Le vent remue l’écume : mille pétales de fleurs ; / Les oies touchent le ciel : une rangée de caractères (Bai Juyi, VIII-IXe s).

Reproduire trois mille ans de poésie en deux fois moins de pages, il ne faut pas y songer. Mais le choix des plus beaux textes, jades entre les cailloux, est en Chine une pratique aussi ancienne que la poésie même ; la première anthologie, le Shijing, aurait été compilée par Confucius au Ve siècle avant notre ère. Dans un temps où la Chine se fait moins remarquer par l’éclat de sa littérature que par ses exploits économiques, la Pléiade propose, en quelque 1850 poèmes dus à plus de 400 auteurs, une traversée de l’océan poétique qu’elle a produit.

Il fallait faire des choix représentatifs : on s’y est efforcé, sans suivre aveuglément les anthologies chinoises. Car il convenait aussi de choisir des textes qui soient parlants pour (et puissent être dits par) le lecteur francophone. La musique des mots, les rythmes, les couleurs, les images doivent résonner dans notre langue pour que quelque chose de l’imaginaire de l’auteur nous soit transmis. Les traducteurs qui ont tenté l’aventure l’ont fait avec leurs goûts, leur talent, leur amour des textes, et l’idée que se fait chacun d’eux de la Chine et de sa littérature. Dans le paysage qu’à eux tous ils ont redessiné, chacun tracera sa propre route.

Anthologie de la poésie chinoise, Bibliothèque de la Pléiade – Gallimard, 2015

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