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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 06:32

Pour l’ex-ministre des affaires étrangères, l’Occident doit admettre qu’il ne peut plus régenter le monde.

Ancien secrétaire général de l’Elysée de François Mitterrand et ex-ministre des affaires étrangères du gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002), le diplomate et homme politique Hubert Védrine reste un observateur aussi aigu que réaliste de l’état du monde. Il a publié dernièrement Le Monde au défi (Fayard) et Sauver l’Europe ! (Liana Levi).

L’installation de Donald Trump à la Maison Blanche marque-t-elle la fin d’une prétention américaine au leadership mondial ?

C’est encore trop tôt pour le dire, mais déjà son élection a désintégré nombre de convictions en Occident. Il a été choquant dans sa campagne, il est déjà perturbant et il va y avoir des turbulences ! Mais je ne suis pas sûr qu’il soit forcément dangereux. Cela dépend un peu de nous, et des autres. A partir de 1992, après l’effondrement de l’URSS, nous avons quitté le monde bipolaire pour entrer dans un monde global semi-instable, une mer agitée à 5/6, jamais de mer calme, mais pas non plus de cyclone permanent. Pendant ce dernier quart de siècle, les Occidentaux ont cru à ce qu’avait promis George Bush père [1989-1993], c’est-à-dire à un nouvel ordre mondial sous la conduite éclairée des Etats-Unis. Les conceptions étaient certes sensiblement différentes, plus nationalistes outre-Atlantique, plus idéalistes chez les Européens, mais il y avait une illusion commune. Tout cela s’effondre aujourd’hui. L’élection de Donald Trump n’est pas la cause de ce bouleversement, elle en est une expression. Elle est la résultante d’insurrections électorales – comme par ailleurs le Brexit, ou d’autres phénomènes similaires – des classes populaires qui n’ont jamais cru à une mondialisation « heureuse », mais aussi des classes moyennes occidentales qui s’en détournent maintenant, comme elles se détournent de l’Europe. Vu d’Europe, la victoire de Donald Trump était possible mais impensable, parce qu’il horrifiait. Elle court-circuite la pensée d’une certaine gauche américaine – et européenne – qui s’est détournée des classes populaires qui votent « mal », et a tout misé sur les minorités. D’autre part, la perte par les Occidentaux du monopole de la puissance qui était le leur depuis plusieurs siècles était déjà observable depuis un certain temps. Mais il a fallu des événements terribles, tels que la reconquête des quartiers orientaux d’Alep par le régime syrien, aidé par l’aviation russe, face à des Occidentaux impuissants, puis les négociations pour une sortie de crise en Syrie annoncées par la Russie avec la Turquie et l’Iran – mais sans les Etats-Unis ni la France –, pour que cette nouvelle donne sidérante devienne une évidence. Et encore, je ne suis pas sûr qu’on ait pleinement réalisé ce que cela signifie.

La vision du monde de Trump où les Etats-Unis n’ont pas vocation à intervenir partout n’était-elle pas déjà celle de Barack Obama ?

Sur l’essentiel, notamment sur le terrain des valeurs, les conceptions de Donald Trump sont aux antipodes de celles de son prédécesseur. Mais, sur l’idée que les Etats-Unis n’ont pas vocation à demeurer à perpétuité les gendarmes du monde, ni à imposer partout la démocratie, il s’inscrit dans une continuité paradoxale avec Barack Obama. Ce dernier pensait déjà que les interventions des vingt-cinq dernières années avaient mal tourné, dans la plupart des cas, notamment en Afghanistan et, pire, en Irak, et que, donc, pour préserver un leadership américain relatif dans la longue durée vis-à-vis des émergents – Chine et autres –, il fallait s’y prendre tout autrement. Donald Trump dit un peu la même chose, mais de façon brutale et outrancière. C’est une rupture énorme avec ce qui était jusqu’ici la vision wilsonienne du monde d’une bonne partie des élites libérales américaines (et mondiales) interventionnistes, et dont les néoconservateurs – qui ont tous voté Hillary Clinton – représentent la forme extrême. Cela va avoir des effets profonds dans la durée sur l’ensemble des relations internationales.

Est-ce la fin de l’Occident comme entité unie et du lien transatlantique ?

Il ne faut pas confondre ces deux notions. L’atlantisme au sens classique se réfère à l’alignement obligé de l’Europe sur les Etats-Unis, qui s’est imposé après la seconde guerre mondiale, du fait de la menace soviétique. C’est cela qui a unifié les deux rives de l’Atlantique, alors que ce n’était pas le cas avant. Longtemps, en effet, les Etats-Unis n’avaient montré qu’un intérêt très relatif vis-à-vis de l’Europe. Cet atlantisme a perdu en partie sa raison d’être après l’effondrement de l’URSS, même si certains prétendent aujourd’hui que la menace russe est presque équivalente – ce qui est pour le moins exagéré. L’Occident est une notion plus vague et vaste, portée notamment par les néoconservateurs américains. Après 1992, les Etats-Unis ont considéré que la démocratie, l’économie de marché et les valeurs occidentales devaient s’appliquer partout. Hyperpuissance triomphale. Avec George W. Bush [2001-2009], surtout après les attentats du 11-Septembre, les Etats-Unis sont devenus plus inquiets face à un monde (Russes, Chinois, islam) jugé trop hostile, et plus agressif (Irak). Là on peut parler d’« occidentalisme ». Obama a été élu en réaction à cela et a essayé de calmer l’Amérique. Mais le débat n’est pas clos. En tout cas, l’occidentalisme, mélange de supériorité, d’arrogance et de paranoïa, a échoué et inquiète… en Occident. Les Américains, mais pas seulement eux, sont lassés des interventions militaires extérieures, même s’il y a eu parfois des raisons justifiées pour intervenir au Kosovo [en 1999] ou, au début, en Libye [en 2011]. L’Occident doit admettre qu’il ne peut plus régenter le monde : il va être moins missionnaire, et Donal Trump est une traduction brutale de ce fait.

A la question historique : peut-il y avoir un Occident sans ingérence ?

La réponse n’est pas évidente. Cette vocation prosélyte semble lui être consubstantielle, depuis saint Paul qui appelait à évangéliser tous les peuples. Cela ne veut pas dire pour autant que l’Occident va couler. Mais l’heure est venue d’un inventaire sérieux sur nous-mêmes, sans repentance inutile.

L’intervention russe en Syrie n’est-elle pas, elle aussi, une ingérence ?

Oui, d’un autre type. L’ingérence, ce n’est pas nécessairement l’intervention pour défendre les droits de l’homme, comme on le croit volontiers en France. Il faut assumer qu’il y a des cas où l’intervention est justifiée par les intérêts vitaux du pays. L’intérêt national, ce n’est pas seulement l’indice du commerce extérieur. Ne justifier l’intervention française au Mali [au cours d’une opération multinationale, de 2013 à 2014] que par la défense de « valeurs » était partiel. Nous y sommes intervenus, à juste titre et avec succès, pour défendre notre sécurité et celle des Africains, et nos intérêts, ce qui garantit nos valeurs.

Retourne-t-on à un monde dominé par des zones d’influence ?

Il y aura des tentatives en ce sens puisqu’il n’y a pas de communauté internationale ni d’ordre international et que le gendarme du monde est moins omniprésent. Les hégémonistes américains s’en indignent. Pour eux, il doit y avoir une seule zone d’influence mondiale : la leur ! Mais voilà, il y a la Chine qui ne cesse de se renforcer et la Russie qui s’est réveillée, même si ses faiblesses sont évidentes. Quelques pays raisonnent en ces termes, aussi bien au Moyen-Orient, qu’en Asie du Nord-Est ou en Afrique. C’était d’ailleurs l’objectif de l’Allemagne en matière économique lors de l’élargissement européen à l’Est. La francophonie ou l’hispanidad [« hispanité »] sont des ensembles qui, en se fondant sur une langue partagée, visent aussi à conserver des zones d’influence. Mais il n’y aura pas de zones d’influence hermétiques. Voyez le Moyen-Orient qui se déstructure sous nos yeux. Aucune des puissances régionales ne peut y imposer complètement sa volonté. Ni le régime iranien, avec sa stratégie irano-chiite, ni l’Arabie saoudite avec la sienne, fondée sur un saoudo-sunnisme wahhabite, ni la Turquie et son néo-ottomanisme. L’Egypte ne peut guère gérer que ses propres intérêts. Israël – qui a tort dans sa politique palestinienne – ne cherche qu’à garantir sa sécurité. Ajoutez à cela qu’aucune puissance extérieure n’a les moyens d’imposer sa solution au travers de nouveaux accords de partage du type Sykes-Picot [entre la France et le Royaume-Uni, en 1916] ou San Remo [en 1920].

Va-t-on vers un monde à trois, dominé par les Etats-Unis, la Chine et la Russie, avec une Europe condamnée à jouer les utilités ?

Une Europe spectatrice peut-être, hélas. Mais, à part cela, sur quoi ces trois puissances, dont le poids est énorme, pourraient-elles réellement se mettre d’accord ? Donald Trump passera peut-être tel ou tel deal réaliste avec Vladimir Poutine, mais je ne vois pas sur quelles bases il pourrait y avoir un accord global entre Moscou et Washington. Ni entre la Russie et la Chine, en dépit de leur rhétorique anti-occidentale commune. Ni entre la Chine et les Etats-Unis. Le jeu international est devenu beaucoup plus diversifié et mouvant, notamment en raison de la multiplicité des acteurs et des sujets. Il y a désormais presque deux cents pays au sein des Nations unies. Même si les trois quarts d’entre eux n’ont guère d’influence, il y a quand même ceux qui contrôlent certaines ressources énergétiques, ceux qui occupent des positions géostratégiques importantes ou des « niches », etc. A ceux-ci s’ajoutent les entreprises, les institutions financières, les ONG, les médias, les Eglises… ce qui complexifie encore un peu plus les processus de décision, y compris dans les cadres multilatéraux. Sans oublier les mafias ! C’est plus facile pour les systèmes autoritaires comme la Chine, la Russie ou l’Iran d’avoir une politique étrangère suivie – bonne ou mauvaise –, que pour les démocraties contemporaines. Donc je m’attends plutôt à de la confusion qu’à de la restructuration.

La chute d’Alep et la prise en charge du règlement du conflit syrien par le trio Russie-Turquie-Iran ne sont-elles pas le symbole d’un nouvel ordre mondial ?

L’idée de l’ordre mondial que nous nous faisions avant était illusoire. La tragédie d’Alep est le symbole cruel de l’erreur complète des Occidentaux, dès le début, dans l’affaire syrienne. C’est presque comparable au fiasco de Suez [en 1956, une coalition franco-israélo-britannique intervenait militairement en Egypte, à la suite de la nationalisation du canal de Suez par le président Nasser, avant d’être contrainte de faire marche arrière sous les pressions américaine et soviétique], même si comparaison n’est pas raison. [Alep] symbolise l’effondrement des politiques occidentales guidées avant tout par des critères moraux et des postures éthiques, sans doute honorables, mais qui, en pratique, n’ont pas marché. Finalement, c’est la Russie qui a les cartes en main, avec l’Iran. Même si elle échoue, cela ne nous remettra pas dans le jeu. Tirons-en les leçons !

Qu’auraient dû faire les Occidentaux en Syrie ?

Choisir dès le début. Face à l’épouvantable guerre civile qui se profilait, soit les Américains et les Français se disaient : nous n’avons pas les moyens nécessaires ni la légitimité pour intervenir, alors faisons de l’humanitaire massif pour atténuer les souffrances des Syriens en aidant davantage la Turquie, la Jordanie et le Liban, et en acceptant d’accueillir plus de réfugiés, tout en essayant de nous concerter avec les Russes. Soit nous jugions fondamental d’imposer la démocratie en Syrie. Et alors, nous nous donnions les moyens militaires, financiers et politiques de réussir, ce qui voulait dire intervenir massivement à l’appui de nos amis démocrates, malgré leurs faiblesses, et donc envoyer, s’il le fallait, cent mille hommes pour des années, tout en nous assurant du soutien de nos opinions publiques. Mais nous n’avons choisi clairement ni l’un ni l’autre, tout en faisant croire aux opposants à Bachar Al-Assad que nous les aiderions vraiment… Parfois moralisme et cynisme se rejoignent. Deux autres erreurs ont été commises. D’abord de ne pas écouter les chrétiens de Syrie et du Liban, qui avertissaient que, si le régime de Bachar était cruel, le suivant serait pire. Deuxièmement, en croyant que la Russie allait laisser tomber la seule implantation extérieure [la base navale de Tartous] qu’elle avait gardée. Ce concentré d’erreurs est l’aboutissement d’une série de croyances et de réflexes chimériques qui se sont accumulés depuis vingt à trente ans. Je suis attaché aux droits de l’homme autant que tout le monde, mais je craignais depuis longtemps que le droit-de-l’hommisme, comme seul critère de choix en politique étrangère, nous mène dans une impasse. Nous y sommes. Nous n’avons plus les moyens de nos émotions, et il ne peut être question de recommencer la colonisation. Il faut repenser tout cela : bilan des interventions, et fixation de critères plus rationnels et rigoureux pour l’avenir.

Dans l’affaire syrienne, la France a été la plus interventionniste. Pourquoi ?

On peut reprocher son incohérence à Obama : édicter une « ligne rouge » [sur l’usage d’armes chimiques par le régime syrien, comme en août 2013] et ne pas réagir quand elle a été violée fut une erreur grave. Mais, conceptuellement, l’erreur française fut plus profonde et continue. Ainsi, après avoir raté le coche lors des événements de Tunisie et d’Egypte en 2011, la France s’est engouffrée à fond en Syrie pour des raisons idéologiques : une sorte de néoconservatisme à la française, à la fois grave et futile. La France, convaincue que c’était sa « mission », a surévalué ses forces, hésité… Il faudrait passer en revue tout ce qui a été fait depuis Jacques Chirac. Tout n’est pas négatif : Jacques Chirac a été remarquable en ce qui concerne l’Irak ; Nicolas Sarkozy a eu des réussites avec la Géorgie, la crise financière, le G20 ; et François Hollande est courageusement et efficacement intervenu au Mali. Il a bien géré, en Centrafrique [l’opération « Sangaris », de fin 2013 à octobre 2016], et a lancé le processus de Minsk pour l’Ukraine. Il n’empêche qu’on a l’impression de ne plus bien savoir qui nous sommes et où nous sommes.

Dans ce nouveau paysage mondial, l’Europe est-elle hors jeu ?

Il y a des puissances européennes, mais « l’Europe » n’est pas à l’origine un projet de puissance. Au départ, elle est un mode d’organisation du plan Marshall, quand les Américains nous ont imposé de coopérer avec les Allemands [après la seconde guerre mondiale]. Puis c’est un marché. L’idée d’Europe puissante est apparue beaucoup plus tard : quand François Mitterrand, le chancelier allemand Helmut Kohl et Jacques Delors [alors ministre de l’économie et des finances français] ont relancé le projet européen en 1984. Jusqu’en 1992, il y a eu cette volonté de faire l’Europe politique, sociale, économique et des citoyens… Les Français voulaient l’Europe de la défense. Mais déjà, à l’époque, les autres Européens n’étaient pas très convaincus sur ce point. Aujourd’hui, les Européens, qui croyaient vivre dans le monde idéal de la communauté internationale et du droit, se réveillent dans Jurassic Park : Donald Trump inquiète tout le monde, Poutine nous provoque, l’islam se convulse. Cela pourrait provoquer un électrochoc créateur mais, pour le moment, rien ne se passe. J’ai relu récemment les conclusions du Conseil européen de Laeken [Belgique], en 2001 : sur le nécessaire sursaut européen, elles sont beaucoup plus ambitieuses qu’aujourd’hui.

Comment relancer l’Europe ?

Pas en ajoutant des promesses aux promesses, sans rien changer au système ! De plus en plus de gens décrochent : les anti-Européens bien sûr, mais aussi des sceptiques, des gens déçus, et beaucoup de gens allergiques à la réglementation à outrance. En fait, une majorité. Donc, il faut annoncer une pause pour écouter les peuples, admettre qu’ils veuillent conserver un peu d’identité, de souveraineté et avoir plus de sécurité. Dans une conférence refondatrice, les gouvernements volontaires décident une opération de subsidiarité massive, aux termes de laquelle la Commission arrête de tout réglementer en détail et est remissionnée sur des éléments-clés et d’avenir, à commencer par un Schengen fiable, avec un contrôle effectif des frontières extérieures. Si nous y parvenons, alors nous pourrons présenter aux peuples une idée de l’Europe de nouveau convaincante. En tout cas, je ne crois pas qu’on puisse avancer sans avoir réentraîné les peuples au préalable. Même Wolfgang Schäuble [le ministre des finances allemand] le dit. En parvenant à convaincre les peuples, on pourra recommencer à bâtir l’Europe de demain, celle qui défendra notre mode de vie dans un monde troublé.

Qu’est-ce que l’arrivée de Trump va changer pour l’Europe ?

Sur Donald Trump, on a entendu en Europe beaucoup de gémissements et de cris d’orfraie. Il faut dépasser cette sidération. Les Européens, du moins les trois ou quatre dirigeants qui pèsent, devraient dire : « Vous voulez sortir de l’accord sur le climat ? C’est une erreur. Nous continuons à l’appliquer y compris avec la société civile et des entreprises de votre pays. » C’est ce que les Chinois ont annoncé. Donald Trump veut casser l’accord sur le nucléaire iranien ? Les Européens n’ont qu’à répondre : « C’est un accord international que nous continuerons à appliquer. Si vous voulez nous empêcher de le faire par des sanctions extraterritoriales et judiciaires, nous créerons un système d’échange avec les émergents, la Russie et la Chine pour travailler malgré tout avec l’Iran. » Si nous sommes capables d’adopter ce genre de position, le grand business américain fera pression sur Donald Trump. Enfin, Trump veut faire un deal avec Poutine ? Eh bien, définissons sans attendre notre conception de relations réalistes avec la Russie. Cela suppose de prendre notre perte sur certains dossiers, comme la Crimée ou la Syrie, de proposer de coopérer avec la Russie sur d’autres plans – tout en restant fermes et dissuasifs. Quant aux accords commerciaux, cela va dépendre de l’escalade entre Pékin et Washington. De toute façon, avec quelqu’un comme Donald Trump, cela ne sert à rien de parler de valeurs universelles, il vaut mieux afficher à l’avance nos positions, fondées sur nos intérêts. Dans ce cas-là, elles compteront.


Le Monde du 14 janvier 2017

 

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 12:24

En Chine, l’élection directe de 2,5 millions de délégués au niveau local par 900 millions d’électeurs n’est en réalité qu’une façade « démocratique » orchestrée par le Parti communiste chinois.

Hillary Clinton a peut-être perdu les élections aux États-Unis, mais pour les dizaines de millions d’électeurs chinois qui se rendent depuis mardi 15 novembre dans les bureaux de vote, elle remporte la palme de la popularité.

Le paradoxe peut surprendre mais le scrutin chinois actuel, organisé tous les cinq ans, vise à élire au suffrage direct (la seule élection de ce type en Chine) les futurs représentants dans les « assemblées populaires » locales qui gèrent au niveau des districts des dossiers aussi quotidiens que la gestion des ordures, les jardins ou les transports publics. Et, selon plusieurs témoignages recueillis en Chine pour ces élections que les autorités présentent comme la démocratie « aux caractéristiques chinoises », les électeurs connaissent beaucoup mieux Hillary Clinton et Donald Trump, que leurs propres candidats locaux.

Plus de 2,5 millions de représentants locaux

Urnes rouges, bulletins de vote tamponnés en rouge, sur fond de drapeau chinois (rouge) étoilé… difficile d’imaginer un autre organisateur de ces élections que le Parti communiste chinois (PCC). Pourtant, selon la Constitution, des candidats indépendants sont autorisés à se présenter et tout citoyen de plus de 18 ans, qui n’a pas été privé de ses droits politiques peut voter et être candidat.

« Peu importe son ethnie, son sexe, son parti politique (NDLR, il y a huit partis politiques en Chine supposés indépendants mais tous dépendants du Parti) ou son lieu de résidence, assurait le responsable d’un bureau de vote de Pékin, il a le droit de voter ».

Dans la réalité, ces textes n’ont que peu de valeur. Le Parti contrôle les candidats dont la quasi-totalité est membre du PCC. Il décourage de façon parfois très violente (harcèlement de la police, pressions, menaces) la candidature d’indépendants qui oseraient sortir du rang.

Pour se présenter, un candidat doit obtenir le soutien de dix citoyens du même quartier ou être recommandé par son employeur, comme le stipule la loi. Si le profil du candidat ne plaît pas, il n’a aucune chance d’être soutenu. De plus, une commission électorale officielle peut également écarter les candidats qui ne sont pas « conformes ».

Ces élections sont encadrées par le Parti communiste

Dans la pratique, des électeurs du quartier peuvent organiser une rencontre avec les candidats, échanger et proposer des idées, mais il est hors de question de critiquer ce qui ne va pas, de même, il ne faut pas aborder la corruption ou les injustices. Encadrées par et pour le Parti, ces élections finalement ne trompent personne et celles de 2016 n’ont jamais été aussi surveillées par la sécurité publique.

En 2011, juste avant l’arrivée du président Xi Jinping au pouvoir, quelques poignées de candidats indépendants avaient réussi à se présenter, utilisant les réseaux sociaux pour s’adresser à leurs électeurs, à faire des propositions nouvelles dans des domaines culturels, sociétales ou économiques. Sachant contourner la censure ou employer d’habiles métaphores, ils avaient pu toucher une large opinion publique grâce à Internet.

La répression est encore plus forte avec Xi Jinping

Les élections de cette année sont totalement verrouillées. L’arrivée de Xi Jinping au pouvoir a provoqué une telle répression – parmi les avocats, professeurs, militants des droits de l’homme, internautes ou journalistes –, que les candidats indépendants sont absents des listes électorales.

Jamais en manque de créativité lorsqu’il s’agit de contourner la répression ou la censure, de nombreux électeurs ont réussi à protester à leur façon, notamment parmi les étudiants. On a trouvé cette année de nombreux bulletins de vote sur lesquels étaient ajoutés les noms de « Trump » ou « Clinton ».

Dorian Malovic
Dorian Malovic, le 18/11/2016 LA CROIX
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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 05:53

Les relations entre Chine et Etats-Unis sont à l’orage. La tension provient de deux incidents – à vrai dire tous deux initiés depuis l’Amérique.

Le premier fut la dénonciation sèche le 10 juin, du projet de 370 km de TGV américain, 370km de Las Vegas à Los Angeles.CRI (China Railways International) devait délocaliser une part de la production. Peu locace, la partie américaine justifie le retrait par « des difficultés de CRI à tenir l’agenda », à « obtenir à temps la licence »… Pour l’industrie ferroviaire Céleste, c’est un coup dur, qui la prive de son seul fruit tangible à l’export en 20 ans d’efforts.

Le second calice que Pékin a dû boire, est politique : Barak Obama reçut le 15 juin le Dalai Lama au Salon des cartes à la Maison Blanche. Depuis des années, nul chef d’Etat n’avait osé une telle démarche, de peur d’encourir les foudres de Pékin. La veille encore, un porte-parole chinois accusait le pontife lamaïste de « colporter de par le monde ses ambitions de diviser la Chine » et avertissait que la rencontre, dût-elle avoir lieu, heurterait les sentiments du peuple chinois et endommagerait durablement la confiance mutuelle… Obama n’en a pas tenu compte. A 7 mois de la fin de son mandat, il ne prend plus de gants. Il ne s’est pas expliqué sur ses motivations : elles peuvent être une amitié ancienne entre les deux hommes, mais aussi une critique de l’expansion de Pékin en cette mer de Chine du Sud, et de sa tentative de modifier le droit maritime en sa faveur…

Autre sujet, le Parc Disney de Shanghai ouvrait le 16 juin, un espace de rêve qui n’aura manifestement pas manqué son rendez-vous auprès des habitants de la « tête du Dragon » (surnom de la métropole du Yangtzé). Deux semaines à l’avance, tous les billets étaient vendus, de 370 à 499 yuans. Murray King son vice-président, prédit 1300 yuans de dépenses sur place par visiteur, en frais d’hôtel, de restaurants et de souvenirs. En tablant sur la clientèle potentielle des 330 millions d’habitants de la bande côtière à 3 heures de TGV, les rentrées annuelles devraient s’élever à 19,5 milliards de yuans, frôlant 1% du PIB de la ville. Certaines voix critiques avaient prédit une désaffection du public local, à ce parc de loisirs aux thèmes pas assez chinois. Mais à ce qui semble, la métropole semble au contraire plutôt fière de disposer d’un espace « venu d’ailleurs ». Le professeur He Jianmin, de l’université shanghaïenne d’économie et finances, table sur la réussite d’un site permettant aux gens de se défouler dans une ambiance rafraichissante, contant des histoires aux origines et valeurs différentes !

Dernier point : la campagne anticorruption, et le changement de perspectives qu’elle induit auprès de la population après deux ans de poursuite à boulets rouges. Ainsi, pour dissuader ses lecteurs de céder à la tentation, le quotidien de la CCID (police anticorruption) fait appel à la saga du « Seigneur des anneaux », et avertit les candidats à la corruption de résister à leurs tentations pour éviter le sort de Gollum, le vilain personnage du roman, victime de ses désirs excessifs.

La tentation pourtant, n’est plus ce qu’elle était : les cadres du Shanxi, une province dévastée l’an dernier par les arrestations massive de ses responsables, et son bureau politique quasi-entièrement décapité, « n’osent plus » se laisser soudoyer.

Et un autre sondage auprès des femmes d’apparatchiks aboutit à cette révélation hilarante : ces dernières, quadra– ou quinquagénaires vouent toute leur gratitude envers la campagne de Xi Jinping. Désormais fidèles, leurs maris délaissent leurs « petits miels » et recommencent à vivre en famille. Les couples, et la morale sont enfin saufs !

18 juin 2016 Vents de Chine

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 09:45

Dans la grande bataille pour la domination de l'économie mondiale au XXIe siècle, la Chine vient de marquer des points contre les Etats-Unis. Ce n'est pas, ou pas seulement, une affaire de produit intérieur brut. C'est plus important. Il s'agit de savoir qui édictera les normes, les standards, les pratiques économiques du monde entier dans les années à venir. " A la loyale ", une fois n'est pas coutume, Pékin empoche cette semaine un beau succès. Contre la volonté de Washington, la Chine a créé et vient d'imposer une nouvelle institution multilatérale, sa Banque asiatique d'investissements en infrastructures (BAII). Elle avait fixé au 31 mars l'échéance finale pour participer au capital de la BAII en tant que membre fondateur. A cette date, près d'une quarantaine de pays – du Brésil à la Russie, en passant par l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, le Danemark – ont répondu " présent ". Destinée à financer des grands projets d'infrastructures en Asie, l'institution manifeste le poids croissant de la région Asie-Pacifique dans l'économie mondiale. Elle témoigne de la nouvelle répartition de la richesse sur la planète : la croissance, aujourd'hui comme jamais, vient d'abord d'Asie. La BAII entre en concurrence directe avec la Banque mondiale, sise à Washington, l'un des piliers de l'ordre ancien, celui fixé par les Etats-Unis lors des accords dits de Bretton Woods, en 1944. Conclus dans cette petite ville du New Hampshire, au lendemain de la seconde guerre mondiale, ces accords reflétaient l'influence alors prépondérante de l'Amérique (et, un peu, des Européens). Voilà pourquoi cette date du 31 mars est l'une de celles qui marquent l'entrée dans une nouvelle ère. A tort ou à raison, les Chinois estiment qu'il y a un vide à combler : les structures de Bretton Woods – la Banque et le Fonds monétaire international (FMI) – ne tiendraient pas assez compte du poids de l'Asie dans l'économie mondiale. Mais la BAII est aussi l'incarnation de la volonté de la Chine de s'imposer aux dépens des Etats-Unis comme le vrai patron de la zone Asie-Pacifique. " Sa " banque vient sur le terrain d'une autre banque régionale, la Banque asiatique de développement (BAD), dominée par le Japon, l'allié privilégié de l'Amérique dans cette partie du monde. Seuls trois sièges sur vingt sont réservés aux pays non asiatiques au conseil d'administration de la BAII. Pour autant, les Européens ont bien raison d'y participer : c'est dans ces nouveaux lieux de pouvoir que l'on va définir une partie des normes de l'économie du siècle. On ne s'étonnera pas que la Grande-Bretagne ait été, derrière le Luxembourg, parmi les premiers pays européens à l'avoir compris, quitte à fâcher le parrain américain. On ne s'étonnera pas non plus, hélas, que la zone euro n'ait pas réagi en tant que telle, ni saisi l'occasion d'afficher sa singularité. Les Etats-Unis sont mauvais joueurs. Ils ne peuvent à la fois réclamer une implication plus avancée de la Chine dans la " gouvernance " mondiale et refuser, comme le fait le Congrès à Washington, d'aménager l'ordre de Bretton Woods pour tenir compte de la puissance de l'Asie. Quel que soit le sujet du jour, on n'a pas fini de mesurer l'impact régressif de cette nouvelle majorité républicaine – du Proche-Orient à l'Asie. Les " camarades " chinois, eux, n'attendent pas : ils façonnent le nouveau monde, à leur rythme et à leur manière.

Le Monde du 31 mars 2015

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17 novembre 2014 1 17 /11 /novembre /2014 09:22

Le sommet de l’Apec qui a réuni à Pékin 21 États du Pacifique consacre le rôle mondial de la Chine face à des États-Unis diminués et divisés. Xi Jinping, le dirigeant chinois qui dispose des plus grands pouvoirs depuis Deng Xiaoping, entend fonder le leadership chinois sur trois piliers : la réforme et le nationalisme économiques ; la domination en Asie autour du projet de Nouvelle Route de la soie ; la rivalité assumée avec les États-Unis. Après la modernisation intérieure lancée en 1979, après le choix du capitalisme dans les années 1980, après l’ouverture extérieure qui a culminé avec les Jeux olympiques de Pékin et l’Exposition universelle de Shanghaï, la Chine débute les années 2010 en rompant avec la diplomatie prudente de Deng Xiaoping. Xi Jinping entend tirer tout le parti d’une configuration très favorable à la Chine pour quatre raisons. Elle est devenue la première économie du monde en termes de parité de pouvoir d’achat (base 2011). Elle est en situation, face à un Japon vieillissant et stagnant, de conduire l’intégration de l’Asie, vers laquelle bascule le centre de gravité du capitalisme mondial. Elle bénéficie du trou d’air des États-Unis qui cumulent la faible autorité du président, la paralysie de leur système politique, la perte de cohérence de leur diplomatie et de leur stratégie. Elle s’affirme comme le partenaire privilégié tant des grands émergents comme le Brésil ou l’Afrique que des pays en rupture de ban avec l’Occident comme la Russie, l’Iran, voire la Turquie de Recep Erdogan. La diplomatie chinoise a ainsi effectué une démonstration de force sur trois terrains : la relation bilatérale sino-américaine ; la domination de l’Asie-Pacifique ; la gestion des crises mondiales. Xi Jinping s’est félicité de l’émergence d’un nouveau modèle de relations entre les États-Unis et la Chine, fondé sur trois accords majeurs. Le premier met en place un système d’échanges d’informations et d’alerte pour prévenir les confrontations militaires en Asie et éviter les risques de collision sur mer ou dans les airs. Le deuxième libéralise les échanges dans le secteur clé des technologies de l’information. Le troisième fixe des engagements pour la réduction des gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique : pic d’émission autour de 2030 et production de 20 % de l’énergie à partir de sources décarbonées du côté chinois ; réduction de 26 à 28 % des émissions d’ici à 2025 côté américain. Mais sous ces accords pointe la rivalité féroce pour le contrôle de l’intégration économique de l’Asie. Les États-Unis avaient un temps d’avance avec le projet de partenariat transpacifique (TPP) conçu pour encercler la Chine avec douze pays. La Chine a comblé son retard en proposant un grand marché asiatique autour d’une Nouvelle Route de la soie qui rassemblerait quinze pays - à l’exclusion des États-Unis. Parallèlement, elle est le principal promoteur de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, créée le 24 octobre dernier, avec pour double objectif d’organiser l’Asie autour des Asiatiques - au premier rang desquels la Chine - et de faire pièce aux institutions de Bretton Woods jugées trop favorables à l’Occident. Enfin, elle met à profit toutes les occasions pour contester la domination américaine de l’Internet. La stratégie chinoise manie la carotte et le bâton. D’un côté, les revendications territoriales, la montée en puissance militaire, les pressions économiques et financières, avec pour test les tensions avec le Japon illustrées par la poignée de mains glaciale entre Xi Jinping et Shinzo Abe. De l’autre, la volonté de calmer les craintes nées de sa volonté de puissance, via les aides économiques et financières pour les alliés ou encore l’apaisement face aux réactions violentes des peuples, à l’image de la relance des liens avec le Vietnam après les violents affrontements autour de la zone maritime exclusive. L’adoucissement formel de la posture diplomatique en Asie va de pair avec la mise en scène d’un rôle d’arbitre et de médiateur mondial, face à des États-Unis présentés comme source d’instabilité et de conflits, notamment dans la nouvelle guerre froide qui les oppose à la Russie de Vladimir Poutine. La Chine, dont l’économie, équivalente à celle de l’URSS en 1980, est désormais huit fois plus importante, a tout à gagner à se rapprocher de la Russie et de ses hydrocarbures - d’où le contrat gazier de 400 milliards de dollars sur trente ans. Elle se pose à la fois acteur et garant d’une reprise du dialogue entre les anciennes superpuissances de la guerre froide. Le sommet de Pékin marque ainsi un renouveau de la Chine comme empire du milieu. En évoquant le rêve chinois, Xi Jinping a marqué le caractère global de son ambition qui vise à restaurer la Chine non seulement comme puissance mais aussi comme civilisation. L’objectif consiste à assumer le leadership en termes de capacité à conduire des réformes et des stratégies de long terme, mais aussi de valeurs, d’attractivité et de créativité. Tandis que la Nouvelle Russie rejoue le XIXe, tandis que les États-Unis s’interrogent sur leur puissance perdue du XXe siècle, Xi Jinping fait du XXIe siècle celui de la Chine.

Baverez Nicolas, Le Figaro du 17 novembre 2014

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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 18:14

Le Forum d’Asie-Pacifique s’est déroulé exactement comme le souhaitaient les stratèges chinois.Les 21 Etats membres ont réaffirmé leur engagement en faveur du projet de libre-échange promu par Pékin.

Succès total. Difficile de nier ce que les médias chinois exprimaient hier : la réunion, à Pékin, du Forum de coopération Asie-Pacifique (Apec), fut un sans-faute. Au plan logistique, comme en matière politique, la Chine est parvenue à atteindre les objectifs qu’elle s’était assignés­. Une opération de communication entièrement réussie. « La Chine a parfaitement démontré son statut et son poids au plan international », résumait le « Quotidien de la Clarté ».

Il y a eu, d’abord, cette qualité de l’air globalement bonne – voire excellente durant la journée d’hier – et qui contraste cruellement avec le quotidien des Pékinois. Une réussite qui ne doit rien au hasard, mais aux mesures draconiennes prises par les autorités pour interrompre l’activité industrielle et réduire fortement le trafic automobile. Il y a eu, ensuite, un déroulement des opérations impeccable, marqué notamment par un fastueux banquet, lundi soir, sur le site olympique de la capitale, puis par une réception, au nord de la ville, dans un impressionnant complexe construit pour l’occasion, au design futuriste. Mais surtout, il y a eu cette vaste entreprise de séduction. De plus en plus crainte par ses voisins, du fait de sa puissance militaire croissante et, plus encore, de son agressivité nouvelle concernant les litiges territoriaux, la Chine s’est employée à adoucir son image. En témoigne le timide geste d’apaisement avec le Japon.

La perspective d’un rêve

Rétrospectivement, l’objectif stratégique de Pékin apparaît limpide : il s’agissait d’utiliser l’Apec pour se poser en rassembleur de toute la région, en moteur capable de tirer l’Asie-Pacifique sur le chemin de la coopération. Tous les pays, a expliqué Xi Jinping, le président chinois, sont « les bienvenus pour prendre le train du développement chinois ». Dans la droite ligne de son slogan bien connu du « rêve chinois », Xi Jinping a proposé la perspective d’un rêve pour l’Asie-Pacifique, plaçant implicitement la Chine en son centre.

Joignant les actes à la parole, la deuxième puissance économique mondiale a obtenu la signature d’une résolution anticorruption. Elle a annoncé au cours de la période récente, et durant l’Apec, des initiatives multiples et massives pour financer le développement des infrastructures dans la région. Elle a également confirmé avoir bouclé les négociations pour un accord de libre-échange avec la Corée du Sud.

Pékin a surtout exhumé un projet évoqué il y a huit ans, mais jusque-là mis de côté, pour créer une vaste zone de libre-échange dans toute la région. Là encore, il s’agissait de fédérer, par opposition au projet des Etats-Unis d’un partenariat transPacifique (TPP) ne regroupant que 12 pays – et excluant la Chine. Alors que les analystes chinois accusent Washington de chercher de plus en plus à isoler la Chine, Barack Obama a habilement apporté son soutien au projet de zone de libre-échange promu par Pékin, remerciant la Chine pour cette initiative qui a donc été actée hier soir. Mais il a utilisé des termes suffisamment flous pour que chacun comprenne qu’il s’agissait d’une perspective de long terme. La veille, il avait surtout exhorté les pays participant aux négociations du TPP à un dernier effort, pour conclure au plus vite un accord « potentiellement historique ». Le but est clair : créer le TPP sans la Chine, quitte, éventuellement, à lui permettre, ensuite, de le rejoindre… mais en se pliant aux conditions définies par d’autres.

Yves Bourdillon / Journaliste | Le 11/11 LES ECHOS

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 18:44

Le président chinois Xi Jinping a souligné que l'Etat de droit était une garantie fondamentale pour construire "une Chine sûre", appelant les organes politiques et juridiques du pays à établir un système de sécurité publique novateur et rigoureux.

M. Xi s'est ainsi exprimé dans une instruction sur le travail de sécurité du pays publiée lundi.

"Les organes politiques, judiciaires et de la sécurité publique doivent structurer leur travail dans le cadre des efforts pour promouvoir l'Etat de droit, s'efforcer davantage à construire une Chine sûre et s'en tenir à l'Etat de droit dans leurs pensées et mesures pour résoudre les conflits et les problèmes", a indiqué M. Xi.

Soulignant que la loi est la force essentielle pour guider et assurer la sécurité nationale, le président chinois a appelé à accélérer la création d'un système global de sécurité publique.

Les commentaires de M. Xi coïncident avec une réunion qui s'est tenue lundi dans la province du Hubei (centre-sud) sur le travail national de sécurité publique.

"La gestion de la sécurité publique doit être centrée sur les questions spécifiques et suivre l'esprit de l'Etat de droit, de la réforme et de l'innovation... afin de promouvoir une Chine sûre ; de prévenir, contrôler ou résoudre efficacement les problèmes affectant la stabilité sociale ; et de renforcer davantage le sentiment de sécurité et le contentement du peuple", indique un communiqué publié à l'issue de la réunion.

De hauts responsables, dont Meng Jianzhu, directeur de la Commission des Affaires politiques et juridiques du Comité central du Parti communiste chinois, Zhou Qiang, président de la Cour populaire suprême, et Cao Jianming, président du Parquet populaire suprême, ont assisté à la réunion.

"Les conditions de vie du peuple, l'ordre et la stabilité sociale, ainsi que notre paix à long terme doivent être assurés", souligne le communiqué de la réunion.

© Chine Nouvelle (Xinhua) - Xing Yaofeng, le 03/11/2014

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17 septembre 2014 3 17 /09 /septembre /2014 21:32

D’après un récent sondage, 24% des répondants ont cité le manque de crédibilité du gouvernement comme raison principale expliquant le manque de confiance dans la société chinoise, selon une enquête menée par La Tribune du Peuple, un magazine du Quotidien du Peuple.

L’étude révèle que plus de 80% des personnes interrogées pensent que la société chinoise ne montre pas un signe de bonne santé et 40,4% parlent d’une crise de crédibilité révoltante.

Les «symptômes» dont l’ordre sont "la méfiance par rapport à ce que le gouvernement dit", "la méfiance entre les gens", "le doute sur l'alimentation alimentaire et la médecine" et "la méfiance dans l’éthique professionnelle des médecins".

Le manque de foi est le problème le plus important qui fait l’unanimité dans le sondage. Lorsqu'on a demandé aux répondants de choisir le groupe qui souffre de ce mal, plus de la moitié d’entre eux ont désignés sans hésiter les représentants du gouvernement. Dans un rapport de la Tribune du Peuple, ce choix ferait référence à l’affaire du «maître de qigong" le dénommé Wang Lin, qui prétendait avoir des pouvoirs surnaturels. Sous le feu des projecteurs après ses photos en compagnie de nombreux fonctionnaires et personnalités publiques postées en ligne l'été dernier.

La superstition dans la bureaucratie reflète la corruption dans le gouvernement, à montré le document. La perte de la foi, pour près de 50% des sondés est due à plusieurs comportements contraires à l'éthique qui sont restés impunis, alors qu’ils sont 20,8% à blâmer une économie de marché "mercenaire".

Les comportements extrêmes, violents et anti-sociaux ont été choisis par près d'un tiers des internautes comme une autre maladie grave de la société, avec l’exemple le plus évident des "groupes défavorisés". "L'inégalité sociale croissante et le sentiment de privation" apparaissent également dans les maux les plus cités.

Les dix maux les plus évoquées dans l’enquête :

1 - Manque de foi

2 – Attitude passive ou indifférence

3 - Anxiété dans le travail, la vie et l'avenir

4 - Méfiance habituelle

5 - Ostentation

6 - Complaisance dans les scandales

7 - Hédonisme

8 - Comportements extrêmes, violentes et anti-sociaux

9 - Dépendance à l’Internet

10 - Masochisme, plaintes concernant le Parti et le système de l'Etat
Source: le Quotidien du Peuple en ligne 17.09.2014

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9 septembre 2014 2 09 /09 /septembre /2014 21:05

Le sujet des ventes d'armes françaises à la Russie a récemment connu un changement soudain. Il y a quelques jours en effet, le bureau du président français François Hollande a déclaré dans un communiqué, que du fait des actions récentes de la Russie en Ukraine, la France a décidé de suspendre la livraison du premier navire d'assaut amphibie de classe « Mistral » à la Russie. Cette position des autorités françaises n'a pas manqué de susciter une certaine stupéfaction. Chacun se souvient pourtant qu'en juillet le président Hollande s'était engagé à livrer comme prévu le premier navire « Mistral », le « Vladivostok », à la Russie.

S'agissant de l'opportunité de fournir à la Russie le bâtiment en question, sur la base d'un contrat, les autorités françaises ont d'abord résisté aux pressions des États-Unis et d'autres pays occidentaux, se tenant au calendrier de livraison spécifié dans le contrat portant sur la vente de deux navires de guerre à la Russie. Parce que le respect ou non d'un contrat existant entre deux nations implique un problème de crédibilité de la France, mais a aussi une incidence directe sur le niveau des exportations du pays et le taux d'emploi des Français. Après tout, il s'agit d'un gros contrat portant sur 1,2 milliard d'Euros. Ce qui a fait que, sur cette question, la France a d'abord adopté une attitude prudente, et a refusé de céder aux pressions de ses alliés.

Cependant, aujourd'hui, la France a opéré un virage à 180 degrés. Ceci est principalement le résultat des pressions continues des États-Unis. Bien sûr, du fait de la récente détérioration de la situation en Ukraine, les relations entre la Russie et l'Ukraine demeurent tendues, et cela n'a pas été sans influence non plus. Il n'est pas interdit de penser que les autorités françaises voulaient aussi utiliser ce sujet pour exercer une influence sur les décideurs du Kremlin.

Selon le magazine français « Les Echos », il y a également à un certain nombre de sociétés françaises qui sont actuellement en compétition en Pologne pour un énorme appel d'offres. Et puisque la Pologne a affiché l'attitude la plus ferme face aux ventes d'armes françaises à la Russie, on ne peut pas exclure que le Gouvernement français espère, avec la suspension de la vente des « Mistral », s'attirer les faveurs de la Pologne afin de permettre à des sociétés françaises de conclure de gros marchés.

Mais, en France, la décision de suspendre les ventes d'armes à la Russie s'est attirée les foudres de certains, notamment de l'opposition. A droite, l'ancien Premier ministre français François Fillon s'est dit clairement opposé à « l'annulation » du contrat. Il a souligné que François Hollande, « à la remorque » de ses alliés, s'est mis « dans une situation intenable ».Il convient de noter ici que le contrat de vente d'armes entre la France et la Russie a été signé alors que c'était le Gouvernement de droite de Nicolas Sarkozy qui était au pouvoir. Si jamais ce contrat était annulé, il ne fait guère de doutes que cela réduirait considérablement les résultats obtenus par la droite française pendant son mandat.

La suspension de la vente des navires d'assaut amphibies de la classe « Mistral » a satisfait au plus haut point les Etats-Unis, qu'ils ont qualifiée de « décision sage ». En revanche, elle a suscité la colère de la Russie, qui estime que la France a agi pour plaire aux États-Unis et qu'ainsi elle n'a fait guère preuve de dignité.

Face à l'opposition, François Hollande n'a cependant pas osé se prononcer de manière trop absolue. Vendredi, le Président français a déclaré que sur le fait de savoir s'il faut vendre ou non ces navires de guerre à la Russie, il prendra une décision finale d'ici la fin du mois d'octobre, « en fonction des circonstances ». Quoi qu'il en soit, peu importe le genre de résultats, une chose est certaine : si le contrat est vraiment annulé, le résultat ne saurait être que perdant-perdant. Et pour la partie française, les pertes seront encore plus lourdes.

Tout d'abord, l'éventuelle annulation de la vente des « Mistral » porterait un rude coup à la réputation nationale de la France et à l'intégrité de ses entreprises, faisant hésiter de nombreuses personnes à faire des affaires avec la France. Le Groupe Dassault, par exemple, a remporté un contrat de fourniture de chasseurs Rafale à l'Inde en 2012. Mais pour l'heure, aucun contrat de vente formel n'a encore été signé, pour diverses raisons. On ne peut exclure que la suspension des ventes d'armes à la Russie soit susceptible de faire peser des doutes sur le contrat d'armement entre la France et l'Inde.

Ensuite, la résolution de la crise en Ukraine passera finalement par un règlement politique. Ainsi, ce n'est pas parce que la France vendra ces navires de guerre à la Russie que la situation en Ukraine en deviendra plus complexe. Au contraire, ne pas les livrer est susceptible d'irriter davantage encore la Russie, renforçant l'opposition entre le monde occidental et elle, sans que cela ne puisse pour autant aider à la résolution du problème ukrainien.

En outre, la situation économique actuelle en France est sombre, la situation de l'emploi très difficile. Si le contrat était annulé, cela pourrait y conduire à la perte de 1 500 emplois, ce qui aurait sans aucun doute un impact majeur sur l'industrie de la construction navale française. Sans compter que la France devrait aussi payer d'énormes pénalités à la Russie. Il ne s'agirait donc pas de petites pertes.

Dans le passé, sous l'impulsion du Général de Gaulle, la France a mis en œuvre une politique étrangère indépendante. Même quand la gauche est arrivée au pouvoir avec l'ancien président François Mitterrand, cette politique n'a pas changé. Mais aujourd'hui, la France écoute les sirènes de l'Amérique, se montre indécise sur les grandes décisions, et revient en arrière. Face à cela, on ne peut pas s'empêcher de s'inquiéter de l'avenir de la politique étrangère française.

Ren Yaqiu

Source: le Quotidien du Peuple en ligne le 9 septembre 2014

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16 mai 2014 5 16 /05 /mai /2014 08:45

Plusieurs mètres cubes de billets de banque ont été retrouvés au domicile d’un haut cadre politique chinois, Wei Pengyuan. La police a eu recours à 16 machines à compter les billets pour évaluer le butin. Quatre d’entre elles sont tombées en panne au cours du comptage. Le plus gros billet existant étant celui de 100 yuans, cela signifie que les 100 millions (11,7 millions d’euros) retrouvés chez Wei Pengyuan représentaient au minimum un million de billets, de quoi remplir plusieurs baignoires. La tâche principale de du haut cadre était de délivrer permis et approbations pour la construction de centrales thermiques. Cette découverte a lieu alors que le gouvernement chinois mène une vaste campagne anticorruption depuis près d’un an. Dans le même temps, les activistes dénonçant le manque de transparence sur les fortunes des responsables politiques sont toujours sévèrement réprimés.

15 mai 2014 LIBERATION

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